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Domaine étranger Hammett à Rio

juin 2010 | Le Matricule des Anges n°114 | par Pascal Jourdana

Un polar illusionniste et ludique d’Alberto Ongaro, aussi embrouillé que Le Grand Sommeil, aussi implacable que Le Faucon maltais.

Après Venise (La Taverne de Maître Lodge, La Partita) et New York (Le Secret de Caspar Jacobi) l’écrivain vénitien Alberto Ongaro plante, avec Rumba, son intrigue au Brésil, celui des années cinquante, une parenthèse démocratique pour un pays qui demeure oligarchique et possède la police « la plus brutale au monde ». Un contexte idéal pour une enquête sous les tropiques qui est aussi un parfait hommage au polar noir américain, qui a inventé le baromètre moderne des tares d’une société. Tout le livre est placé sous le signe du Faucon maltais - le film de John Huston plutôt que le roman de Dashiell Hammett. Le narrateur, enfant abandonné devenu écrivain à succès, s’est d’ailleurs choisi pour nom celui du célèbre réalisateur, se contentant d’y inclure un « B » pour s’en distinguer : John B. Huston. Pour l’un de ses ennemis, milliardaire obèse et dénué de tous scrupules, le modèle est l’acteur Sydney Greenstreet, rival de Rick/Bogart dans Casablanca et méchant bandit dans Le Faucon maltais. Pourtant Rumba n’est ni une parodie ni un pastiche, mais bien une œuvre originale, où Ongaro développe son art romanesque singulier qui multiplie les niveaux de lecture et les références. Sont convoquées, outre le polar, la BD américaine et argentine, premières lectures du jeune Huston qui rappellent qu’Ongaro fut l’ami et le scénariste d’Hugo Pratt, avec qui il a séjourné à Buenos Aires, y rencontrant les plus grands auteurs graphiques du moment. Autre rappel, le thème de la vengeance, sans laquelle « il n’y aurait ni histoire de la littérature, ni Shakespeare, ni tragédie grecque », évoquée ici avec Le Comte de Monte-Cristo puisque l’une des amies d’Huston, Rita Faria, prétend tenir son nom de la famille de l’abbé Faria. Car la trame de Rumba, c’est bien la vengeance, celle que poursuit un ami d’enfance surgi du passé, Valentin, cherchant à punir les responsables de la mort de la femme qu’il a aimée. Valentin disparu, c’est John B. Huston qui va mener l’enquête, passant du statut d’auteur de detective novel à celle d’enquêteur pour répondre au vœu de son ami. Mais aussi, qui sait, pour trouver le motif d’une bonne histoire !
Une fois de plus, Ongaro se livre au brouillage des frontières entre imaginaire et réalité, manipulant avec jubilation les codes du contrat fictionnel en incluant du roman dans le roman, en s’autorisant des métarécits (« Quel beau dialogue, dit-elle, tu devrais le copier dans un de tes bouquins. / Je n’y manquerai pas. Les bons dialogues, c’est pas facile à trouver »),en superposant son texte aux scènes archiconnues du cinéma hollywoodien des années quarante. Des années d’ailleurs regrettées par le narrateur, non pas celles « véritables, qui plus que toutes autres faisaient horreur, mais celles qu’on a racontées, inventées, rappelées ». Notons ici la mélancolie du livre, cette saudade qui suinte au détour des pages, dans l’évocation de la nuit, dans un air de musique, chez le détective-romancier ou dans les relations qu’il entretient avec les femmes. Au fait, elles sont bien nombreuses, ces femmes, et toutes invariablement belles… Cliché détourné ? Oui et non. C’est que la beauté féminine est « l’une des protagonistes de cette affaire ».
D’une maîtrise narrative moins spectaculaire que les précédents ouvrages publiés d’Alberto Ongaro, Rumba porte la marque de son goût pour le renouvellement ludique des formes, expérience rare dans la littérature de genre, et particulièrement celle du polar qui fonctionne généralement sur un minimum de naïveté du lecteur face au récit. Au final, ce roman, véritablement haletant, possède un suspense qui doit autant à son synopsis - avec son lot de mystères, de cadavres, et de blondes - qu’à son enjeu littéraire.

Rumba d’Alberto Ongaro
Traduit de l’italien par Jacqueline Malherbe-Galy et Jean-Luc Nardone, Anacharsis, 320 p., 21

Hammett à Rio Par Pascal Jourdana
Le Matricule des Anges n°114 , juin 2010.
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