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Textes & images Épure d’ours

novembre 2010 | Le Matricule des Anges n°118

Le son coupé, l’image réglée jusqu’à sa plus grande intensité, Le Fils de l’ours père prend les formes du mythe.

Le Fils de l’ours père

Le chasseur trouve un ourson entre les arbres. Mais la mère est derrière lui, qu’il abat. Puis il prend l’ourson, l’attache à un piquet devant sa maison, appelle sa femme pour qu’elle voie. Ils vont garder l’ourson, l’élever en sorte d’enfant. On lui apprend des tours ; l’homme et l’animal se produisent devant le public des villages. Un jour, un petit spectateur a un geste malheureux : l’ours lui arrache la main. Les deux saltimbanques sont jugés, prison pour le bateleur, patte coupée pour l’autre. Tristesse de l’épouse, que l’ours console, et sans doute trop ; car une fois son mari libéré, il retrouve un ventre trop rond. Elle accouche d’une chimère. Le mari trompé endure de très lourdes cornes : il aime le petit, et ne parvient à supporter un ours qui a pris tant de place. Il tire dessus à bout portant. Le petit est toujours là : c’est lui le « fils de l’ours père » désigné par le titre.
Il faut ajouter que bien d’autres événements suivront, et que jamais la moindre bulle ou légende ne s’y mêlera. L’histoire est muette. Cela fait la séduction immédiate des cases en noir et blanc, leur pureté picturale, mais pourrait aussi constituer le lieu d’exhibition pour un art indifférent à la narration et à sa lecture. Heureusement, Nicolas Presl semble toujours soucieux d’inscrire les images dans les séquences du récit, et de les exploiter dans le sens de sa dramatisation : qu’il s’agisse de jouer sur la rigidité des cases – par exemple quand elles enferment l’homme dans sa prison – ou sur la déformation des traits – voir ces corps qui s’arrondissent progressivement, pour figurer en une grosse boule l’union de la femme et son ours. On finit par comprendre la grande vertu d’une absence de paroles : c’est qu’elle contraint l’auteur à toujours davantage exprimer par les dessins, et notamment à donner aux émotions la forme la plus crue.
Trois livres de Presl ont été déjà édités (par Atrabile), mais celui-là, qui n’avait pas encore trouvé preneur, est en fait le premier qu’il ait conçu. Le cadre et l’inspiration sont composites : le montreur d’ours évoque le Moyen âge ou les montagnes des Pyrénées, mais c’est aux grandes cités des années 1930 qu’on songe, quand le fils de l’ours part à la ville suivre des études puis peindre ; quant à cette peinture, celle que fait l’ours et celle dont s’inspire Presl, on peut reconnaître des bouts de Picasso, des taches de peinture rupestre, quelques postures de la Renaissance, des détails de manga… Et par-dessus tout, les formes de l’Antiquité, dans les profils ou les yeux grecs, bien sûr, mais aussi, plus profondément, dans le goût du mythe, de la métamorphose, du tragique. De sorte que ce récit qui agite les questions de l’identité et de l’altérité (le monstre qu’on moque, le bâtard qui cherche son père), lesquelles pourraient donner lieu à une forme très fade de discours, demeure de bout en bout d’une grande et belle violence.

Gilles Magniont

Le Fils de l’ours père
Nicolas Presl
The Hoochie Coochie, 232 pages, 20

Épure d’ours
Le Matricule des Anges n°118 , novembre 2010.
LMDA PDF n°118
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