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Domaine étranger Fins de parties

mars 2011 | Le Matricule des Anges n°121 | par Thierry Cecille

Avec sa coutumière lucidité ironique, Andrzej Stasiuk accompagne, sur les confins orientaux de notre Europe, deux vagabonds beckettiens, aussi désabusés que lui.

Nous connaissons ces paysages : bourgades succombant à l’ennui morne, de l’hiver glacial ou boueux à l’automne pluvieux, no man’s land que constituent désormais les zones frontières devenues inutiles, avec leurs hangars rouillés et leurs miradors en ruine, marchés miséreux où s’échangent ustensiles en plastique et textiles bon marché, tous made in China, forêts mystérieuses dans la nuit mais qui, l’aube venue, laissent place, sans crier gare, à des décharges où viennent pourrir les carcasses de BMW jadis rutilantes qui ne sont plus aujourd’hui que des symboles pathétiques d’une modernité qui n’a fait que passer, puis s’est éloignée… Nous sommes bien chez Stasiuk : entre la Pologne, la Hongrie, l’Ukraine et la Roumanie, dans ces territoires qu’il a arpentés, durant des années et des centaines de pages, sur la route de Babadag (voir Lmda N°81) et sur la piste de rencontres de hasard.
Cette fois-ci, cependant, ce n’est pas lui qui voyage : il lance sur les routes (en fait l’expression est osée, ils ne font que des allers-retours modestes et confus d’une frontière à l’autre) deux personnages antagonistes mais complémentaires. Le narrateur, Pawel, s’est réfugié dans cette ville frontalière depuis quelques années déjà, pour fuir, devine-t-on vaguement, des affaires louches qu’il traîne derrière lui (peut-être retrouvons-nous ici un des personnages de Neuf, qui aurait vieilli – il ne saurait être question, chez Stasiuk, de mûrir !). Il n’a sauvé, de ce naufrage indéterminé, que quelques économies qui lui permettent de vivoter et un vieux camion à bout de souffle. Il rencontre Wladek et s’associe avec lui pour divers trafics. Si le premier est taciturne, presque mutique, solitaire et flegmatique, le second est un discoureur, un conteur d’histoires, peut-être mythomane, téméraire et extraverti. Puisque l’auteur abandonne la forme qui était la sienne jusque-là – celle, disons, du journal de voyage méditatif ou du reportage subjectif – puisqu’il choisit le roman, il lui faut bien inventer un minimum de romanesque, sinon une intrigue (n’exagérons pas), au moins des épisodes. Et c’est là que le bât blesse. Stasiuk maîtrise, une fois de plus, avec justesse, l’évocation de ces espaces comme lacunaires, désertés, de leurs habitants déboussolés, laissés-pour-compte de la mondialisation qui a remplacé pour eux le terne cauchemar communiste par un terne consumérisme vite essoufflé. Seuls les Tziganes, « frères et sœurs basanés », semblent conserver un reste de vie véritable, une énergie vitale qui tranche sur l’absence d’espoir qui entrave tous les autres. Par ailleurs, certains des récits de Wladek ressuscitent avec force, en particulier, la Roumanie de Ceausescu, cette espèce de Draculand où un « cordonnier » règne sur « son peuple avili et sa misère ». Mais nous ne pouvons nous empêcher de regimber contre l’invraisemblable et assez ennuyeuse combine qui pousse ces Pieds Nickelés dopés à la vodka et à la bière à se faire convoyeurs d’improbables clandestins, « viande puante et chaude ». Nous avons bien du mal également à nous intéresser à cette histoire d’amour qui, sans que nous en ayons bien compris toutes les péripéties, conduira Wladek sur les traces de sa bien-aimée – la caissière d’un minable manège de foire ambulante ! – jusqu’à Taksim, place centrale de la rive européenne d’Istanbul.
Il est également un peu gênant que les leitmotivs des œuvres précédentes fassent ici songer à des rengaines de chansonnettes : à trop les répéter, avec d’infimes variantes (« Tout avait déjà eu lieu, les événements s’étaient épuisés » ou « C’était une agonie tranquille. La vie se dissipait doucement ») les formules s’usent – et l’à quoi bon, des personnages, risque de gagner, par contagion, les lecteurs…

Thierry Cecille

Taksim
Andrzej Stasiuk
Traduit du polonais par Charles Zaremba
Actes Sud, 247 pages, 22,50

Fins de parties Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°121 , mars 2011.
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