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Domaine étranger Drames au village

mars 2011 | Le Matricule des Anges n°121 | par Serge Airoldi

L’Espagnol Ramon Sender prouve avec L’Empire d’un homme que l’homme est bien seul dans son pauvre empire.

L' Empire d’un homme

Après Le Roi et la Reine, le très remarquable Requiem pour un paysan espagnol, Attila poursuit son cycle en publiant un nouveau roman de Ramon Sender. Né en 1901, disparu en 1982, journaliste, lié aux milieux anarcho-syndicalistes, évidemment censuré par les franquistes, Ramon Sender est l’un des grands hommes des lettres espagnoles. L’idée de L’Empire d’un homme est inspirée par un fait divers réel qu’il couvre en tant que journaliste pour le quotidien El Sol. L’histoire réelle se passe dans la région de Cuenca en 1911 et rebondit en 1926. C’est alors que Sender s’en mêle. Dans son livre, la scène est transposée en Aragon dans un village nommé Ontiñena. Sabino, un saint-innocent comme l’Espagne de ce temps en compte beaucoup dans les campagnes est humilié, exploité, moqué. Il vit de rien, comme ses parents avant lui. Un jour, il disparaît. Il passe et invente alors dans son sillage, sans l’avoir voulu, un drame qui bouleverse la vie des autres. A commencer par celle de deux pauvres bougres accusés d’avoir assassiné l’absent, torturés par la police qui veut des aveux et emprisonnés jusqu’à ce que l’on découvre Sabino, seize ans plus tard, seul dans les montagnes s’étant intégré à la nature comme la mousse à l’écorce des arbres. Pourquoi est-il parti ? Parce qu’il avait « un pressentiment ». On n’en saura pas davantage. Alors, celui qui était l’homme le moins important de la communauté devient celui qui suscite le plus d’intérêt dans ce lieu dominé par les montagnes arides, déchiré par les rivalités des possédants, pollué par la bêtise et le commérage, absorbé dans un univers mystérieux où les enfants cachés derrière des carcasses pourries de mulets jouent à piéger les vautours pour leur accrocher des clochettes autour du cou.
Avec un texte admirable de fluidité, Sender convie à une visite des lieux que l’on quitte éberlué. Chez Sender, pourtant clairement engagé dans une cause sociale, jamais de théorie, jamais de grosse ficelle pour dire un état scandaleux dans lequel sont confinés et écrasés les miséreux par la force du pouvoir, de l’argent et de l’autorité. Au contraire, au fil des pages, de la brutalité de la situation s’imposent une nuance et des sentiers sinueux qui ressemblent tellement à l’âme des hommes. Avec une économie de phrases, Sender dit les faits avec la précision clinique du journaliste tandis que l’écrivain exprime la disparition, le vide, l’absence à soi-même de Sabino avec le talent du sculpteur qui enlève de la matière pour donner encore plus de force à la forme. « Ce soir-là, 22 octobre 1916, Sabino termina son travail au coucher du soleil et rejoignit Juan et Vicente. Ils descendirent ensemble le chemin et, comme ils avaient touché leur paie, ils allèrent à l’auberge du Moine. Ils repartirent aussi ensemble, à la nuit tombée, et on ne revit plus Sabino. Novembre était déjà là. Le vent balayait en tourbillons les feuilles mortes de la peupleraie. »
Comme dans d’autres romans de Sender, l’absent a tort et dans cette histoire, il cause du tort. Juan et Vicente font les frais de cette disparition. Leur amitié est ébranlée par la police et ses méthodes. Quand Sabino revient au village comme il reviendrait à lui, tout le monde n’en revient pas et Sender, avec la régularité du métronome fait le récit de ce monde où les valeurs, les vivants et celui que l’on prend pour un spectre, la fiction judiciaire et le réel le plus prosaïque se confondent. Un peu comme au cirque qui vient une fois au village et dont la description résume tout un lieu, tout un empire. « Parmi les numéros comiques, il y en avait un avec des fantômes, des cochons qui dévoraient les gens, et autres allusions innocentes, chacune étant accueillie par de grandes démonstrations d’allégresse », écrit Sender qui évoque aussi un âne qui tourne sur lui-même, un clown qui commande la manœuvre et un nain qui parle italien et se fait appeler Signor Mussolini. Tout l’empire d’un non-sens que l’homme subit. Toujours.

Serge Airoldi

L’Empire d’un homme
Ramon Sender
Traduit de l’espagnol par Claude Bleton
Illustré par Anne Careil, postface de Claro
Éditions Attila, 280 pages, 18

Drames au village Par Serge Airoldi
Le Matricule des Anges n°121 , mars 2011.
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