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Égarés, oubliés Les épines et les roses

mai 2011 | Le Matricule des Anges n°123

Maître du pamphlet et de la pique assassine, Alphonse Karr fut un bel esprit qui tourna au sage. Du boulevard au bouquet.

Malgré les apparences, la vie du journaliste parisien Alphonse Karr, tôt tourné vers le tumulte d’une vie politique qui tonnait souvent, semble avoir été dévolue à la nature et à ses créatures. Parisien de souche, né le 24 novembre 1808, Alphonse Jean-Baptiste Karr commença par publier un premier roman qui, déjà, fleurait bon le jardin : Sous les tilleurs (1832) connut un grand succès. On y trouvait déjà un amateur de tulipes, et le récit sanglant d’une vengeance terrible… Ce coup de maître lui valut d’entrer sans étape à la rédaction du Figaro. Son esprit y fit des merveilles, et, sans doute, grincer des dents. Habile satiriste, styliste hors-pair, il se partagea entre la presse et le roman, donnant régulièrement des volumes in-8° à un public nombreux, comme Le Chemin le plus court (1836) qui se conclut, nous dit La Revue des romans (1839), par « une espèce de procès-verbal de la vie d’homme marié de l’auteur, ainsi que nous le révèle le procès en séparation entre M. Karr et son épouse, inséré dans la Gazette des Tribunaux du mois d’avril 1837 ».
L’année précédente, en 1836, il avait participé au lancement de la Chronique de Paris, fondée par Honoré de Balzac, dont l’excistence ne dépassa pas le semestre mais constitua, aux dires des rapporteurs, un « joyeux intermède », en tout cas la rampe de lancement d’un tempérament qui était sur le point d’éclater en fusées. En effet, à partir de 1839, Alphonse Karr entame la publication des Guêpes, une petite revue mensuelle de format in-16 dont l’indépendance chronique allait conquérir la France et se donner pour modèle à une armée de publications du même type. Henri Rochefort suivra son modèle en lançant sa Lanterne en mai 1868.
Après dix ans de Guêpes, de pointes sur la vie politique, sociale et littéraire, Alphonse Karr abandonna ses ruches et fonda le Journal pour soutenir le général Louis Eugène Cavaignac. Mais son cœur fut vite ailleurs : la nature l’appelait. En 1855, il quitta Paris pour se fixer sur la Côte d’Azur, à Nice d’abord, où il fut l’un des tous premiers à exploiter le commerce des fleurs coupées, puis à Saint-Raphaël, ville paisible que sa présence contribua à rendre attirante aux yeux des estivants du beau monde. Alphonse de Lamartine lui adressa alors sa Lettre à Alphonse Karr, jardinier imprimée à Mâcon en 1857, un beau poème qui débute ainsi : « Esprit de bonne humeur et gaîté sans malice/ Qui même en le grondant badine avec le vice,/ Et qui, levant la main sans frapper jusqu’aux pleurs,/ Ne fustige les sots qu’avec un fouet de fleurs !/ Nice t’a donc prêté le bord de ses corniches/ Pour te faire au soleil le nid d’algue où tu niches ;/ C’est donc là que se mêle au bruit des flots dormants/ Le bruit rêveur et gai de tes gazouillements ! »
Au temps où les bords de mer n’excitaient pas encore des envies de villégiatures et de farniente, il contribua à lancer une mode : « le plus célèbre de ces Christophe Colomb a été sans nul doute Alphonse Karr », écrivait Maurice Guillemot dans Paris-Midi (31 juillet 1912). Après avoir fréquenté Etretat au temps de sa gloire parisienne, il avait choisi Saint-Raphaël pour y passer la seconde moitié de sa vie, recréant en quelque sorte l’endroit, où il s’éteignit dans sa « Maison-Close » le 29 septembre 1890.
« Quand Alphonse Karr, jardinier à Nice, arriva à Saint-Raphaël, poursuit Guillemot, il choisit, à quelque distance de la ville, un terrain en pente où n’étaient que des vignes ; il y creusa, découvrit des sources dont l’eau égaie maintenant tout le jardin et où les oiseaux viennent boire, fit de multiples plantations, mit des variétés très innombrables de roses, des champs de palmiers, des eucalyptus, et une quantité de plantes aquatiques, jusqu’à des lotus d’Egypte (…) c’est, de quelque côté qu’on se tourne, un adorable pêle-mêle de fleurs, et cela embaume exquisément ; je me le rappelle un jour, ce vieux sylvain, citant à une mignonne Parisienne cette phrase de sainte Thérèse : “L’enfer, un endroit où l’on n’aime pas et où ça sent mauvais.” »
Entre Boulouris et Saint-Raphaël, le vieil homme partageait son temps en philosophe paisible. Il ne sortait plus que pour aller en mer. Dès l’aurore, il jetait ses filets. « Dans la Méditerranée, il y a des poissons si jolis qu’on le pêcherait rien que pour les regarder. » Puis il profitait de son jardin dans lequel il avait attiré une multitude d’oiseaux et d’insectes en disposant les arbustes et les fleurs qui leur plaisaient, en leur ménageant des niches et des abreuvoirs. Il trouvait le temps de publier encore des brochurettes devenues bien rares qu’il intitulait Les Cailloux du Petit-Poucet et où il exprimait un aimable tempérament : « Le bonheur ! c’est cette maison si riante, au toit de chaume couvert de mousse et d’iris en fleurs. Il faut rester en face. Si vous entrez dedans, vous ne la voyez plus. » Preuve que parfois le pamphlétaire peut tourner au sage… sans perdre tout à fait son esprit, comme en témoigne l’anecdote suivante. Contemplant par un hiver plus rude que de coutume Cannes enneigé, il s’exclama : « Le Midi est déshonoré ! »

Éric Dussert

Les épines et les roses
Le Matricule des Anges n°123 , mai 2011.
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