Ne pouvant montrer les poils pubiens, les cinéastes compensent en filmant des poitrines surdimensionnées » : la censure a des effets insoupçonnés. Et Christophe Bier sait d’innombrables choses sur des films que vous ne verrez jamais. Les Vierges des mers chaudes, Je couche avec mon assassin, Camps d’amour pour chien jaune, La Fille aux hanches étroites, etc., tous furent imaginés loin des grands studios (grosso modo dans les années 50,60,70), et sont aujourd’hui déposés à nos pieds dans les deux volumes d’Orgasmo, kaléidoscope d’images du cinéma érotique. Ou plus précisément d’images érotiques du cinéma, le stupre s’étant longtemps manifesté sur l’affiche bien plus qu’à l’écran, rapport de forces qu’inversera l’avènement de la pornographie, qui condamne ses réclames « à être conceptuelles ». « Longtemps mensongère, l’affiche érotique joue la contradiction : avec l’apparition du sexe explicite, elle ne montre plus rien » – joli paradoxe, mais Orgasmo n’assomme pas en théorie. C’est d’abord une iconographie du feu de dieu, et par la grâce de la direction artistique de Jimmy Pantera, un dosage subtil de graphismes aux couleurs agressives et de photos aux éclairages expressionnistes, « effervescence charnelle » où se mêlent le boniment de producteurs sans vergogne et la poésie véritable, les archétypes du mauvais goût et les surréalistes égarés, Lina Romay exhibitionniste convulsive au « lyrisme tragique » et Jane Russell dont – dixit un homme de loi – la poitrine « remplissait l’écran comme une tempête remplit un paysage ». Tour à tour fiévreuse et distanciée, la plume de Bier fait alertement le tour de l’Europe et des sous-genres : les Allemands inventent les films d’information sexuelle, les Italiens manient le fouet, les Français goûtent aux voyeurismes prétendument ethnologiques, quand un peu partout la libération des mœurs permet d’érotiser la jungle de Tarzan comme les canevas du film noir et surtout fantastique : « Les créatures infernales se féminisent, les monstres violent, leurs victimes s’offrent dans une aberrante complaisance ».
Le « grand huit de l’âme »
C’est à ces monstres, en galante compagnie ou non, que le cinéaste John Landis consacre une très riche anthologie. Au contraire des figurations populaires de la chair, le bestiaire fantastique n’a bien sûr jamais cessé de proliférer ; mais là aussi la nostalgie est permise, car il n’est pas dit qu’aujourd’hui l’indifférence ne guette les images de synthèse aux possibilités infinies. Contraints à l’ingéniosité, les maquilleurs et les artisans du latex avaient parfois du génie, en témoigne le démon cramoisi de Legend. Créatures fantastiques et monstres au cinéma leur fait la part belle dans ces pages bourrées à craquer d’illustrations, et essaie par ailleurs de comprendre ce que les monstres ont encore à nous dire. Ce qui revient à faire la part de l’idiot et du profond, du transgressif et du réactionnaire, comme à classer la mythologie moderne avec une précision...
Textes & images Sous le regard des créatures
février 2013 | Le Matricule des Anges n°140
| par
Gilles Magniont
Autour des figures lascives ou surnaturelles du cinéma, paraissent quatre sommes d’érudition énamourée.
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