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Poésie La reprise

juillet 2013 | Le Matricule des Anges n°145 | par Emmanuel Laugier

Deux essais interrogent la question d’un déploiement nouveau de l’homo poeticus face aux puissances de l’homo œconomicus.

Le Travail vivant de la poésie

Poéthique, une autothéorie

Presque quarante années après l’époque Mao et un militantisme ardent qui fut la seule praxis possible (du moins pour lui et toute une génération), et plus de quinze ans après un retour au métier de poète, Jean-Claude Pinson tente une hypothèse nouvelle : celle d’un lien à penser entre la production du poème (assez seule face à l’industrie culturelle de masse) et ce que le sujet qui s’y adonne y affirme comme gouvernement de soi. Cette jonction entre créer et faire, propre au travail de l’homo poeticus, Pinson l’appelle le « poétariat ». Celui-ci concentre et condense deux idées : « celle de “fabrication”, de “création” d’objet, qu’implique l’étymologie (poièsis)  ; celle d’autre part d’une activité (…) qui a pour le sujet une valeur formatrice d’ethos, une valeur “éthopoiétique”  ». Ce dernier mot, entendons-le comme ce qui permet à cette communauté (restreinte, mais tout à fait palpable) d’habiter l’espace qu’elle se ménage et ce, en dehors, des finalités restrictives et calculatrices de la puissance économique. Disons même que ce «  poétariat  » tient comme horizon celui, inverse, que propose l’économie (capitaliste ou néo-).
La première partie des essais rassemblés dans ce volume sous le titre de Poéthique (formule chère à Perros), Pinson la nomme « une autothéorie », signifiant habilement tout à la fois les choix qu’il agrège dans son « répertoire », mais aussi le mode de l’imagination créatrice en tant qu’elle est capable de recourir à son propre processus, à savoir sa propre langue. C’est pourquoi « la possibilité de créer son existence comme un artiste construit son œuvre » nécessite un « savoir voir » autre, par lequel l’homo poeticus fait « signe vers un intérêt général de l’humanité : celui, par l’invention de formes de vie plus sobres, plus “soutenables”, de se sauver du désastre où conduit aujourd’hui le règne de l’œconomicus et des catégories qui lui sont attachées ». Le « poétariat » s’invente une vie en affirmant sa parole, c’est-à-dire à partir du moment où il trouve ses moyens de production propres. Et ceux-ci se logent alors sur « sa seule “condensation démonstrative” » dont la force de l’écriture signe le recours. Mais cela n’interdit pourtant pas, rappelle Pinson, « le surgissement d’un effet de réel. Au contraire, c’est dans l’instant où il desserre le lien communautaire et troue le réseau des représentations symboliques communes, que le poème peut le mieux suggérer, “en deça ou au-delà de l’univers nommé”, quelque chose de cette “altérité non-logique” qu’est le “réel” » . Ainsi le poème déjoue-t-il les pièges d’une objectivation illusoire et réductrice.

L’héritage de Baudelaire.

Jérôme Thélot, dans son revigorant essai Le Travail vivant de la poésie, bien que ne convoquant que très peu d’exemples contemporains – à l’exception des livres de Cédric Demangeot – rejoint par bien des aspects les préoccupations politiques de Pinson. L’analyse qu’il y déploie de la notion de travail comme rêverie, et par laquelle « l’idiome de chacun s’élabor[e] dans une affectivité monadique. Tout poème résulte d’un travail individuel, strictement idiosyncrasique fondé par quelqu’un qui n’est personne d’autre », appelle à repenser le lien entre écrire et vivre. Demangeot1 y insiste fortement : « Écrire traque vivre – dans son apparition et dans son extinction. Vivre se cherche dans la langue : dans son apparition en tant qu’extinction. » Plus loin encore : « lancer seul, du/vivant : son incessant départ  », enage à une véritable pensée de la résistance, non comme ce qui conforte une « position déjà acquise » mais comme le « mode d’être dynamique d’une existence ». Jérôme Thélot convoque aussi de façon très convaincante la vivacité de l’héritage baudelairien (chute de l’aura, quidam anonyme des grandes villes, fin de la pompe poétique) telle qu’elle se dessine aujourd’hui dans certaines démarches.
En chacun de ces deux essais se présente donc une « poéthique », selon laquelle l’exercice créateur de la littérature est un troisième point, « différent du langage et différent de l’œuvre, un troisième point qui est extérieur à leur ligne droite et qui par là même dessine un espace vide, une blancheur essentielle où naît [s]a question (…) », écrivait Michel Foucault2. Cet espace troué, où toutes possibilités « senties de vie nouvelle » se donnent – et par lequel quelque chose de vivant dans le travail de la poésie « diffère par essence d’un processus machinique » (J. Thélot) – constitue peut-être cette « classe générique » (interroge Pinson) que le poétariat sera en mesure de faire exister.

Emmanuel Laugier

1 Une inquiétude (Flammarion, 450 pages, 20  ;)
2 La Grande Étrangère, à propos de littérature (Ehess, 220 pages, 9,80 )

Poéthique, une autothéorie
Jean-Claude Pinson
Champ Vallon, 332 pages, 25

Le Travail vivant de la poésie
Jérôme Thélot
Encre Marine, 152 pages, 25

La reprise Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°145 , juillet 2013.
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