La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger Au nom des siens

mai 2014 | Le Matricule des Anges n°153

Le premier (et épais) thriller de l’Anglais Terry Hayes part en guerre contre le fanatisme.

Si le début paraît assez conventionnel, avec une victime et un meurtrier parfaitement anonymes, le roman prend vite une plus vaste vitesse de croisière. Peu à peu, en une spirale qui aspire le lecteur sans espoir de retour, l’action quitte New York et le seul présent pour convier bien des retours en arrière dans le passé complexe du narrateur, bien des lieux brûlants de la planète, parmi Afghanistan et Turquie, Birmanie et Arabie Saoudite. Mais aussi Florence où un laboratoire de restauration d’œuvres d’art révélera les photographies cachées dans le nitrate d’argent des miroirs… Entre les strates de la personnalité du héros, entre espionnage et bioterrorisme, l’intérêt du lecteur ne faiblit pas.
D’identité en identité, celui qui se fera appeler « Pilgrim », est d’abord un orphelin adopté par une riche famille. Recruté par les services secrets, la CIA, une officine plus secrète, il a connu la guerre froide à Berlin, l’élimination de traîtres vendus à l’URSS et de mafieux grecs. Il croit disparaître du monde du renseignement, avant de devoir raccrocher pour contribuer à une inédite enquête criminelle, puis de se lancer à la recherche du « Sarrazin », qui « lut tous les auteurs majeurs – Mao, le Che, Lénine – et assista aux réunions et conférences de nationalistes panarabes forcenés, de bellicistes Palestiniens et de plusieurs autres qu’on pourrait qualifier d’hommes des cavernes islamistes ». Le vengeur fanatique se prépare à abreuver les États-Unis de doses injectables chargées d’une souche de variole, génétiquement modifiée par ses soins pour résister à tous les vaccins… Le jeu de piste est rocambolesque autant que parfaitement crédible : des cadavres occidentaux sous la chaux dans les montagnes de l’Indou Kouch, un père décapité par la tyrannie saoudienne, un ponte syrien énucléé par un médecin libanais déterminé, une policière turque insoupçonnable, une villa construite par d’anciens SS au-dessus de la mer Égée, les réseaux européens d’Islam, où « l’Occident avait enfin un ennemi à la mesure de nos peurs », sont parmi le fil d’Ariane.
Certes, on pourra lire ce roman comme un remake d’un James Bond, mais particulièrement dense, comme un opus manichéen, opposant superhéros américain et superfanatique jihadiste, voire un énorme scénario qui ne manquera pas de susciter un film d’action à rebondissements hollywoodien.
On peut évidemment se contenter de baigner dans le thriller particulièrement haletant d’un nouveau pèlerin de la fondation américaine. Mais ce serait occulter des enjeux plus criants. Si c’est grâce à la surveillance mondiale des télécommunications que le NSA et la CIA parviennent à localiser le terroriste et finalement l’annihiler, et donc sauver les États-Unis et le monde, faut-il en déduire qu’il ne faille pas refréner leurs ardeurs ? La liberté des citoyens se doit d’être autant respectée, comme l’a pointé l’affaire Snowden, que notre sécurité. De plus, la responsabilité de l’écrivain n’est-elle pas à interroger ? Lorsque le héros publie un essai spécialisé en criminologie, il a la surprise de constater que la meurtrière qu’il pourchasse s’en est exactement inspirée pour effacer toute trace ADN, toute identité. Un apprenti terroriste ne risquerait-il pas de copier le mode opératoire du projet de crime planétaire mis en scène par Je suis Pilgrim…
Au-delà du romancier, Terry Hayes, également scénariste de Mad Max 2, il faut évoquer la traductrice, Sophie Bastide-Foltz, qui se voue rarement par hasard dans de vastes projets. Curiosité, sage opiniâtreté sont les maîtres mots de celle qui s’engagea dans la traduction de La Grève d’Ayn Rand (Belles Lettres, 2011), autre grand roman du monde libre qui ne méprise pas les qualités narratives et de suspense du roman feuilleton et de société, si traditionnel puisse-t-il paraître.

Thierry Guinhut

Je suis Pilgrim
Terry Hayes
Traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz
JC Lattès, 656 pages, 22,90

Au nom des siens
Le Matricule des Anges n°153 , mai 2014.
LMDA papier n°153
6.50 €
LMDA PDF n°153
4.00 €