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Théâtre Scènes de ville

juillet 2014 | Le Matricule des Anges n°155 | par Patrick Gay Bellile

De la barre d’immeuble au pavillon de banlieue : Philippe Malone fait du quotidien une épopée urbaine.

Ils se sont rencontrés en 1960, mariés en 1961 et installés dans un immeuble de la belle cité radieuse. Eux, ce sont le père et la mère, Gérard et Mathilde, un couple ordinaire de ces années glorieuses qui voient l’urbanisme transformer les villes et l’architecture s’interroger sur les lieux de vie. Ils sont les héros de Bien Lotis. Pour raconter leur vie, Philippe Malone a enquêté en Lorraine, à Briey-en-Forêt, dans la cité construite par Le Corbusier. Accompagné d’un metteur en scène et d’un vidéaste, il a interrogé les habitants, recueilli des témoignages. Pour comprendre. Ensemble, ils ont parcouru les vieilles cités minières et les modernes lotissements, pour tenter de rendre compte des évolutions de l’habitat durant ces cinquante dernières années. Et la pièce a été écrite à partir de ce travail.
Philippe Malone a choisi de placer ses personnages dans une sorte de jeu télévisé, animé par un journaliste pétaradant. Les questions fusent, sur les banlieues, les modes d’habitation, les arrivées massives de main-d’œuvre étrangère dans ces années-là, et le jeu devient interview, recueil de témoignages, émission de téléréalité, tout cela à la fois, avec deux règles intangibles : « C’était mieux avant » et « du PA-THOS ». Et nos deux héros veulent être à la hauteur. Ils veulent réussir l’entretien, faire plaisir au journaliste, ils sont comme des enfants appliqués à répondre correctement. Mais ce n’est pas évident : « C’est pas facile de parler de son quotidien. Il est déjà ennuyeux pour nous. Alors en parler aux autres. » Et pourtant, ils sont là pour les autres, ceux qui regardent. Le journaliste le sait lui : « Les gens ont besoin d’entendre des histoires. Ils en ont un besoin maladif. Ils ont besoin d’un début pour espérer et d’une fin pour être soulagés. (…) Nous sommes des prescripteurs. Les gens ont besoin de soin et pour cela on leur donne du sirop. »
Alors ils se lancent, et à travers leurs mots, leurs échanges, leurs doutes, leurs confidences, nous racontent et font revivre ces années-là, et leur espoir d’un avenir meilleur. Autour il y a Carlos, leur enfant qu’ils sont toujours en train de chercher, il y a Ahmed le communiste qui voudrait les voir plus souvent aux réunions de cellule et s’engager davantage dans les luttes, il y a un couple de voisins qui font l’amour très bruyamment et avec qui les relations sont un peu tendues malgré le réel souci de Gérard de communiquer. Et puis le rêve s’accomplit : adieu l’immeuble, adieu la promiscuité, adieu les quartiers, vive le pavillon de banlieue, « le rejeton de la barre d’immeuble. L’enfant unique de l’étage et de la zone constructible ». Ils ont acheté un terrain, choisi la maison sur plans et emprunté sur vingt ans. Ils déchantent rapidement : la maison n’est pas aussi belle qu’espérée, les voisins sont les mêmes mais cette fois ils manient la tronçonneuse et Ahmed leur en veut un peu d’avoir trahi l’immeuble.
Le texte se présente sous la forme de courtes scènes, souvent très drôles. Gérard et Mathilde se complètent, se contredisent, ou bien évoquent avec beaucoup de malice ce que fut finalement leur vie. Il y a entre eux une grande complicité, une affection, une tendresse. On a envie de les protéger. Ils sont touchants parce qu’à l’inverse d’Ahmed qui veut se battre, lutter, pendre les patrons s’il le faut, eux subissent gentiment et espèrent avoir réussi l’émission, histoire de rendre jalouse la voisine. Ils vivent au cœur d’une société qui va de travers, font du mieux qu’ils peuvent, s’inquiètent pour leur enfant, mais derrière leur petite vie difficile, l’auteur nous fait entendre le bruit du monde qui broie les individus, les manipule, les jette après usage. Seul Ahmed, malade, croit encore aux lendemains qui chantent : « Aujourd’hui camarades, je compte sur vous. L’heure n’est plus au silence. Aujourd’hui l’heure est aux murmures qui feront grand bruit. » On aimerait lui donner raison.

Patrick Gay-Bellile

Bien lotis, de Philippe Malone
Espaces 34, 88 pages, 14

Scènes de ville Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°155 , juillet 2014.
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