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Théâtre Question vitale

janvier 2016 | Le Matricule des Anges n°169 | par Laurence Cazaux

Seuls les vivants peuvent mourir est une plongée dans les non-dits d’une famille hantée par la mort.

Seuls les vivants peuvent mourir

Aurore Jacob est une jeune dramaturge de 32 ans. On ne sort pas indemne d’une lecture de ses pièces, que ce soit Au bout du couloir à droite, son premier texte publié qui raconte la séquestration d’une jeune femme ou Seuls les vivants peuvent mourir qui vient de paraître. Dans cette pièce, trois personnages féminins, Mutti la grand-mère, Nathalie la mère et Karine la fille, se bagarrent avec les reproches qui s’accumulent en silence. Les hommes ont plus de distance ou peinent à trouver leur place. Deux sont médecins, Léon le père et le Dr Breinbeck. Le fiancé lui, ne fera jamais vraiment partie de la famille. Enfin Martine hante la mémoire familiale. C’est peut-être la fille de Mutti, elle est morte dans des circonstances mystérieuses et sa mort emplit le silence.
La pièce met en jeu deux drames simultanés, l’ambiance est pesante. Le premier concerne Mutti, elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer. La saleté s’incruste selon elle dans sa tête et partout chez elle. Ses répliques sont pleines de vide, en suspens : « j’ai passé la / ah / serpillière / j’attendais pas / quelque chose / j’attendais le / rien ». Et puis surgit la scène de l’accident de voiture. En fait l’accident est là, dès le démarrage du texte, mais il se dévoile petit à petit à nous. Karine raconte à sa grand-mère qu’elle est en retard, « c’est à cause de l’accident mon retard », jusqu’à ce qu’on comprenne que l’accident est le sien et qu’elle est en fait en état végétatif chronique depuis deux ans.
Le texte est construit comme une enquête qui viendrait remplir tous les silences accumulés. Il crée du trouble, dans son rapport au temps par exemple. Et puis, et c’est toute la force de cette pièce, la langue est ciselée, découpée, travaillée, heurtée. La parole bute. Même les dialogues ressemblent à des monologues tant il est dur de se parler. L’auteure utilise très peu de ponctuation classique on va dire. Mais elle rajoute des signes rythmiques. Des « / » qui sont des espaces vides de mots et sont très nombreux dès que Mutti s’exprime. Ou des « // » qui marquent une pause, un instant où la pensée se bloque.
Le début de la pièce est construit autour du personnage de la grand-mère, la suite tourne autour de la mère. Et de son refus de laisser mourir sa fille. Alors elle appelle l’hôpital. Elle laisse des messages : « c’est moi je voulais juste te parler je sais que tu ne répondras pas mais on ne sait jamais tu pourrais répondre tu pourrais me surprendre par esprit de contradiction c’est ce que tu fais à chaque fois me contredire c’est ce que tu as toujours fait même ton silence me contredisait quand tu étais petite tu te souviens tu es restée un long moment sans parler trois mois ».
L’accident de Karine va délier la parole, la mère se met à se confier à sa fille dans le coma, à évacuer toutes les rancœurs qui rongent les familles.
La question de la fin de vie se pose pour deux des personnages. Mutti la réclame, et c’est une scène presque drôle, car elle aimerait bien qu’on lui injecte un produit pour l’aider à mourir à condition d’attendre la fin de son feuilleton. Et, après deux ans de coma de Karine, se pose la question d’interrompre l’acharnement thérapeutique. Le fiancé et le père le souhaitent, mais la mère s’y oppose de toute sa chair, parlant de meurtre.
À la fin de la pièce, c’est le fantôme de Karine qui va demander à sa mère de la laisser partir. « Il ne faut pas avoir peur. La mort aura bientôt disparu, déclare le médecin Breinbeck. Ce n’est qu’une question d’électricité. On peut déjà communiquer par la pensée. Oui. Il y a des machines qui décryptent les ondes cérébrales. Les ondes électriques. Le cerveau peut faire bouger des bras mécaniques, les impulsions du cerveau peuvent faire marcher des jambes artificielles. Bientôt. Ce n’est qu’une question de temps. On n’aura plus peur. Non. La mort sera un souvenir… » Un désir d’immortalité qui fait froid dans le dos.
Laurence Cazaux

SEULS LES VIVANTS PEUVENT MOURIR
D’AURORE JACOB
Tapuscrit/Théâtre ouvert, 94 pages, 10 e

Question vitale Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°169 , janvier 2016.
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