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Domaine étranger Rome rouge sang

janvier 2016 | Le Matricule des Anges n°169 | par Martine Laval

Crimes, débauches et tutti quanti. Signée Giancarlo De Cataldo et Carlo Bonni, une virée dans la cité romaine livrée aux gangs et au désespoir.

Suburra ou la magie de réduire au silence les palabres existentielles : « Tu veux changer le monde. Mais le monde ne change pas. Il se gouverne. » Lecteurs qui avaient encore des illusions, qui aimeraient imaginer un peu de vérité, ou de sérénité – oubliez la tendresse ici elle n’est pas vraiment au menu – bienvenue dans le monde cruel plus vrai que nature du nouveau roman que Giancarlo De Cataldo, magistrat et auteur du fameux Romanzo Criminale, signe avec Carlo Bonini, journaliste d’investigation à la Repubblica. Un juge, un journaliste, deux Italiens qui prennent un malin plaisir à ne pas jouer les enfants de chœur et explorent les labyrinthes de Rome, la cité soi-disant éternelle, aussi imprévisible et menteuse que l’enfer.
Suburra emprunte au thriller les outils du genre, un ton, un rythme, une ambiance. La narration colle à un réalisme échevelé, les dialogues sont survoltés, tranchants. Il y a bien sûr quelques stéréotypes du côté des personnages : hommes (« mecs » serait plus juste) plus machistes les uns que les autres, comme d’un autre temps, parfois dotés de sobriquets extravagants, tous vénéneux sinon pourris ; et femmes, cantonnées à être des seconds couteaux, de la pute au grand cœur à la jeunette branchée internet. Suburra pourtant ne fait que s’inscrire dans la pureté du roman noir, genre diamant maudit, celui qui ose effacer les frontières et marier les contraires : le bien et le mal dans la même fournaise. L’Histoire selon De Cataldo va de déchéances en décadences, sexe, drogue et guérilla. Il la côtoie, la regarde sans frémir, lui donne du corps, la met en images, et laisse aller son imagination… tout près de la réalité.
Dans une Rome interlope, celle d’aujourd’hui, une guerre inédite fait rage : la jeunesse contre les anciens. Petits délinquants et dealers débutants ont des rêves de grandeur. Ils veulent leur part du gâteau (ici, un projet immobilier de grande envergure à Ostie, la « riviera » romaine). Ils n’hésitent pas à se frotter au leader historique, le Samouraï (déjà rencontré dans les précédents romans), ex-embrigadé fasciste reconverti dans le banditisme, un maître, un gourou, qui fait la pluie et le beau temps en manipulant une kyrielle de clans mafieux, d’étranges familles à faire peur. Lutte pour le fric ? Certes, mais pas uniquement, ce serait médiocre, ou sans gloire. Suburra met en scène une lutte pour le pouvoir, une certaine idée de la dignité, ce fameux code de l’honneur que l’on prête aux bandits les plus retors.
Politiques de tous bords, prélats véreux et autres carriéristes, tous à la même table partagent le même pain – ou font semblant. Alliances et trahisons, menaces et chantages, délations et intimidations, règlements de comptes et meurtres, tout s’enchaîne de manière trépidante jusqu’à ce que mort s’ensuive ou espoir renaisse. Espoir ! Quel espoir ? En qui faire confiance sinon à la Famille, celle qui en sous main dirige les affaires de la ville et du pays : « La vérité, c’est qu’ici, ce sont les méchants qui pensent aux plus humbles. Ils donnent du travail et un brin d’espérance à ceux qui n’en ont pas. » Dans cette Rome livrée à la pagaille, un flic, Marco, doux rêveur ou cinglé, va tenter de mettre bon ordre ou de calmer sa conscience…
Sous la houlette du tandem De Cataldo-Bonini, la gauche caviar flirte avec la racaille, les soutanes pourpres avec la mafia. On y perdrait son latin si l’on n’était pas certain que ces deux-là ne racontent guère de bobards. La réalité dépasse toujours la fiction… mais la fiction est plus riche, bien plus efficace quand il s’agit de raconter le monde.
Martine Laval

Suburra de Giancarlo De Cataldo
et Carlo Bonni
Traduit de l’italien par Serge Quadruppani,
Métailié, 476 pages, 23

Rome rouge sang Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°169 , janvier 2016.
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