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Domaine français Mal de père

mars 2016 | Le Matricule des Anges n°171 | par Anthony Dufraisse

Troublant roman de Jacques Richard, sous forme de carnets, qui interroge l’extrême violence des hommes.

Le Carré des Allemands

Jusqu’à ce premier roman, le nom de Jacques Richard, auteur de nouvelles surtout, nous était inconnu. Découvrir cet écrivain belge, par ailleurs peintre, à travers cette « histoire d’un criminel de guerre », « histoire irracontable », c’est une claque. Cette quête d’un père qui a frayé avec la Waffen-SS est d’une saisissante intensité, comme seuls le sont les « récits inavouables ». Jacques Richard écrit comme on marche dans l’obscurité : à tâtons. Ou comme on parlerait dans un moment d’égarement : à bâtons rompus. Entre soliloques du narrateur et tentatives de reconstitution du passé de ce père fantomatique, les séquences se donnent comme des flashs aveuglants tisonnant la plus noire des nuits. Kaléidoscope de visions hallucinées, le récit évolue dans un flou inquiétant qui n’est pas sans faire penser à ces cauchemars dont l’emprise est sur nous d’autant plus forte que l’on se débat pour s’y soustraire. L’éclatement de la composition, illustré par la forme du carnet (« Par moments, on dirait un puzzle ! J’essaie de rassembler les morceaux »), a quelque chose de la mécanique du Nouveau Roman qui déstructurait la narration pour donner à voir autrement la temporalité des situations et des consciences. On pourrait parler d’un livre à fragmentation comme on le dit d’une bombe : « Nous sommes dans un jeu de miroirs, de fragments où personne ne se voit tout entier ».
Dans ce portrait d’un bourreau, Jacques Richard interroge l’altérité extrême de la figure paternelle, sa monstruosité, sans juger jamais, sans, non plus, exonérer cette âme damnée. Exhumant l’histoire par bribes, il questionne le mal possible en soi, ces extrêmes où l’on pourrait, sait-on jamais, tomber à son tour. Le narrateur se collette avec les forces d’un mal qu’il libère à mesure qu’il croit, ou craint, d’en trouver en lui les traces, comme laissées par un héritage maudit. À la manière d’un tableau flamand du Moyen Âge, l’écriture – des phrases courtes, crues, aiguës – entend donc « exhiber l’innommable, l’ignoble, l’intérieur d’un homme  ». Jamais Richard ne voile la violence infligée, elle est le prix à payer pour s’extirper d’un trou noir, gouffre aux relents de soufre. Monologué ou faussement dialogué, le récit ouvre des abîmes de perplexité, face à cette peur du pire qu’on porte peut-être en soi, comme ne cesse de le redouter le fils.
Au demeurant, la proximité d’un institut psychiatrique tout à côté du lieu, un entresol où le narrateur semble s’être claquemuré avec ses obsessions, laissent suggérer que la folie guette, rôdeuse affamée qui jetterait bien son dévolu sur cet esprit troublé. Cette confession sans concession est-elle in fine, au-delà de l’enquête sur ce père coupable, une quête de la rédemption ? Une expiation plutôt, interminable, irrémédiable : « La faute du père, tu sais, tu sais, ça écrase le fils. Le fils reprend la faute et la fuite du père. C’est un fardeau commun, pas tout à fait secret, un fardeau de famille ». Le lecteur ne sort pas indemne d’une telle introspection généalogique qui peint l’homme tel qu’il est, parfois tout entier du côté des ombres.
Anthony Dufraisse

Le Carré des Allemands. Journal d’un autre
De Jacques Richard, La Différence, 141 p., 17

Mal de père Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°171 , mars 2016.
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