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Poésie La loi de la chose

mars 2016 | Le Matricule des Anges n°171 | par Richard Blin

De vrilles en volutes autour de la chose, Laurent Albarracin évide l’évidence jusqu’à la jouvence de ce qui est.

Sujet impossible par excellence car muette, dénuée de sens et emblème de l’altérité absolue, la chose ne peut, paradoxalement, que susciter le désir d’écriture. Par-delà l’évidence de sa matérialité ou de sa réalité sensible, elle représente « l’autre » qui se dérobe et nous fait comprendre que nous ne sommes rien pour elle. Inassimilable, rayonnante d’un silence qui fascine, elle semble appeler la parole. Une invite en forme de gageure que Laurent Albarracin s’ingénie à relever depuis déjà une bonne douzaine de recueils dont Le Secret secret (Flammarion, 2012) et Herbe pour herbe (Dernier télégramme, 2014).
Si Ponge a pu lui montrer la voie, il la fraye avec sa propre méthode, un mixte de tautologie, de métaphores et d’images qui donne voix au « vouloir-être-dit » qui creuse et dévore la chose. Face au silence de la chose – silence qui désamorce tout désir d’en prendre possession –, Albarracin commence par l’approcher avec une sorte de candeur qui tient du naturel de l’enfant découvrant le monde. « Les olives sont toutes de la taille d’une olive. » Une façon de constater avec plus ou moins d’étonnement que les choses sont d’abord ce qu’elles sont, puis de s’apercevoir que, sous cette surface d’évidence – « La corde tend l’arc qui tend la corde » – se cache de l’être. Autrement dit que les choses sont aussi ce qu’elles ne sont pas, mais les deux en même temps. « L’eau est liane, et infiniment plus que la liane / N’est eau, car la liane ne sera jamais qu’une / Eau tordue, essorée dans l’arbre, une eau fibreuse / Séchée, momifiée comme un jus d’arbre vieilli… »
C’est qu’à force de tourner autour de la chose, de tenter de l’appréhender à travers l’expérience qu’il en fait, la phénoménalité de ce phénomène qu’est la chose, prend corps. D’impressions en suite d’approximations se dessinent les contours d’une identité, se cerne l’essence de la chose. Elle peut alors apparaître dans toute la violence de son être ou de son ambivalence. « Le château fou du feu tord ses créneaux criés / Et dresse son alerte alerte dans la joie / Cruelle, en un genre de gesticulation / Guillerette et paniquée, hagarde et contente. »
« Porter une chose à son extrême est l’amener à son plus haut degré d’ambivalence » dit l’un des aphorismes que L. Albarracin a réuni dans Résolutions (L’Oie de Cravan, 2012). Mais pour atteindre à ce degré de nudité révélante, il faut en passer par des effets d’écriture qui font sens, ce en quoi Albarracin est passé maître. Les plis, les replis de la langue, il connaît. Jouant des parentés graphiques et phoniques des mots, de l’ambiguïté ou de la richesse des consonances ou des assonances, usant du péremptoire et de l’hypothétique comme de la métaphore et de l’image pour apparier, dévoiler, révéler, il construit un texte hautement mobile et ludique. Chaque poème ou texte n’est en somme qu’une glose plus ou moins longue de son titre, une glose tournant et retournant autour de lui, y revenant, le dépliant dans un tournis aussi vertigineux qu’ahuri. Une écriture qui ferait des ronds de voix, comme on parle de ronds dans l’eau. « Ronds dans l’eau qui sont toute la poésie. / Rien n’est moins inutile que de faire des ronds dans l’eau / Puisque c’est jeter avec une agilité folle des cailloux au centre exact de la cible. / Puisque c’est vérifier que le monde se déploie impeccablement autour de notre vaine tentative de l’atteindre. »
Une écriture donc qui ne se veut rien d’autre que sa propre évidence tout en tendant à se faire semblable à la chose qu’elle fait vivre. Ainsi le texte devient chose autant que la chose est devenue texte. Ou que la chose est devenue écriture en même temps que l’écriture s’est faite chose. Ce qui revient à avouer – non sans humour ni sens de la saine dérision – que si secret d’une chose il y a, c’est qu’elle est elle-même et rien qu’elle-même.
Richard Blin

LE GRAND CHOSIER
DE LAURENT ALBARRACIN
Le Corridor bleu, 184 pages, 18

La loi de la chose Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°171 , mars 2016.
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