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Domaine français Aux antipodes

mai 2016 | Le Matricule des Anges n°173 | par Dominique Aussenac

Avec Un marin chilien, premier roman picaresque et initiatique, Agnès Mathieu-Daudé parvient à joindre les pôles.

D’un côté le Chili, les contrées mapuches, un tantinet patagones. Montagnes escarpées, flots impétueux, paysannerie, coutumes ancestrales. De l’autre, l’Islande, nature hostile, volcans, population puritaine, taciturne. Entre les deux, des milliards de mètres cubes d’eau, de mers, d’océans. Mais aussi des tonnes d’histoires singulières et collectives, de mythes, de représentations. Si bien que seul un marin pouvait prétendre être le héros d’une telle rencontre, d’un tel roman !
Sur une île où tout le monde se connaît, un étranger accepte de prendre le café chez Thorunn, jeune et jolie divorcée et c’est l’implosion. Sauf qu’Alberto, l’étranger, s’il est bien chilien, n’a jamais été marin. Il vient de descendre de l’avion pour étudier les pulsations de l’écorce terrestre. Ses tentatives pour se rapprocher du volcan qui ne cesse d’annoncer sa future éruption, seront parasitées par les autochtones. Leurs us et coutumes, l’explosivité de leurs sentiments. Amour, jalousie, haine, folie, désir de liberté… Alberto, chien de ce jeu de quilles, pris dans un maelstrom d’événements, de rencontres violentes, incongrues, ne parviendra jamais à rien contrôler.
L’ex-mari de Thorunn focalisera sur lui sa haine, son mal-être, son ivrognerie. Aiguillonné par sa propre mère, ravie d’exister, en inoculant toujours son propre venin. Après l’avoir saoulé, il lui vendra une pêcherie désaffectée dans un endroit improbable. Puis, le poursuivra jusqu’à être englouti. Une adolescente fugueuse s’imposera dans sa voiture, le récit aux allures de huis clos, a fortiori en pleine nature déjantée, prendra des airs de road-movie à la manière du Finlandais Aki Kaurismäki. Toujours entre gravité et burlesque.
Dans l’extrême sauvagerie de l’île, le passé d’Alberto ressurgit. Il va revivre en miroir un épisode de sa vie, d’une manière quasi identique. Un hoquet psychique, une réplique sismique. Par deux fois, à des milliers de kilomètres de distance, la terre, par un tremblement, avale un être, tout proche de lui, sans qu’il ne puisse le secourir. Ayant vécu dans une institution religieuse, même s’il s’est hissé socialement, il souffre tout à la fois d’irresponsabilité et de culpabilité, de doute, d’immaturité affective. « Ses mains avaient agi ainsi parce que son cerveau, ou son cœur, il ne savait pas comment il fallait appeler ça, ne décidait de pas grand-chose. Orphelin ou presque, il avait cru son existence ontologiquement vouée au fatum et il avait vécu en conséquence. » Il va être amené au milieu de nulle part à se penser autrement. Autour de lui, Agnès Mathieu-Daudé dresse une galerie de portraits saisissants de vérité, d’humanité et de bêtise dans une fable morale aux accents d’ Italo Calvino. Côtés métaphoriques, poétiques. Récit apparemment linéaire, Un marin chilien est construit avec beaucoup de renvois, de retours en arrière, de confrontations. Phrases longues, souples. Registres de langue variés, du docte au cru. Dialogues vifs, acérés, superbes reparties. Un premier roman très abouti, très cinématographique avec ses panoramiques, gros plans, fondus, ses fureurs et ses silences…
« Non, t’en connais des marins chiliens, toi ? Ici, je veux dire ? Moi, les seuls que je connaisse, à l’heure qu’il est, ils ont leur tête noiraude dans la chatte d’une pute ou ils sont en train d’arnaquer un Chinois à Puerto Montt… Un Chilien, t’imagines, Jan, elle fait un gamin avec un Islandais et après elle se tape un Chilien…
- C’est sûr, c’est pas pareil…
- ‘’C’est pas pareil ?’’ C’est tout ce que tu trouves à dire ? Qu’est-ce que vous avez, tous, aujourd’hui ? »
Dominique Aussenac

UN MARIN CHILIEN
de AGNèS MATHIEU-DAUDé
Gallimard, 256 pages, 18

Aux antipodes Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°173 , mai 2016.
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