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Poésie La parole créatrice

juillet 2016 | Le Matricule des Anges n°175 | par Emmanuelle Rodrigues

Avec Espaces blancs, Paul Auster nous ouvre les portes de son art poétique.

Espaces blancs

Avant de se faire connaître comme romancier, Paul Auster traduisit dans les années soixante-dix Jacques Dupin, André du Bouchet et lui-même écrivit de la poésie. Espaces blancs fut publié en langue originale en 1980 puis en français cinq ans plus tard. Proposées ici pour la troisième fois et dans une édition bilingue, ces pages magnifiques et fulgurantes, écrites lors du nouvel an 1979, alors que la neige « tombe inlassablement dans la nuit d’hiver », évoquent en une suite de courts paragraphes les limites de notre condition humaine en même temps que les moyens de s’en affranchir. Temps et espace, corps et esprit, ces notions tenues pour évidentes quoique difficiles à expliciter sont ainsi déclinées. Laissant courir sa plume, fabulateur sur la corde raide, l’écrivain se lance tel un funambule, et poursuit sa pensée, tandis que nous l’observons mettre un pied devant l’autre et avancer au-dessus le vide.
D’une apparente simplicité, Espaces blancs se caractérise par son extrême délicatesse. L’écrivain s’interroge sur les raisons d’être d’un langage qui ne saurait rien dire de nécessaire. Si « la parole se dit à elle-même, nos bouches sont les instruments pour la dire. » Les mots ne traduisent parfois aucun sens immédiat mais les dire n’en demeure pas moins une nécessité. Il y a, nous dit Paul Auster, un au-delà de la parole, un besoin de s’y relier : « Comme pour me convaincre que quelque chose de ma vie se rattache à l’ensemble des choses, me liant à mon tour au vaste monde, au monde sans limites qui se lève dans l’esprit, aussi menaçant et inconnaissable que le désir lui-même. »
Dans la Genèse, le texte biblique associe la création du monde physique et naturel au surgissement de la parole divine. Sans se référer explicitement à ce récit fondateur, Paul Auster imagine cependant que la parole affranchie de la pensée, ramenée à ses limites propres est comparable à un corps dont les gestes sont parfois imprévisibles, mais capables pourtant de conduire à une exploration de l’espace : la parole elle aussi trace un passage entre ce que nous connaissons, croyons connaître et ce que nous percevons du temps et de l’espace. Notre faculté de parole n’est plus seulement appréhendée comme « comme développement de la pensée » mais comme « une fonction du corps ». Les sons articulent « l’alphabet entier du désir » et les mots relient présent et passé, ce qui a eu lieu se reconstruit par le récit.
Les considérations qui alternent parfois dans un style aphoristique, donnent à l’ensemble une portée métaphysique. D’une toute autre manière, la fable qui reprend alors le dessus livre une sorte d’art poétique. Décrivant sa propre errance, ce pas qu’est l’écriture, l’auteur nous conte « le voyage à travers l’espace, comme par villes, campagnes, et déserts, jusqu’au bord de quelque océan imaginaire où toute pensée vient se noyer, emportée par les vagues implacables du réel.  » La tâche de l’écrivain consisterait-elle aussi bien à vouloir tout décrire ? L’idée de cette sorte de fabulation, il y renonce et reconnaît bien volontiers : « l’impossibilité de trouver un mot qui égale le silence à l’intérieur de moi. » Et d’ajouter : « seul demeure maintenant ce vide, où, si petit soit-il, tout ce qui passe peut se passer. » Paul Auster admet que cette traversée sans fin traduise une certaine vanité et pose alors la nécessité de mesurer l’immense responsabilité que le fait d’écrire comporte.
Emmanuelle Rodrigues

Espaces blancs
De Paul Auster
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Françoise de Laroque, Éditions Unes, 48 pages, 12

La parole créatrice Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°175 , juillet 2016.
LMDA PDF n°175
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