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Domaine français La passion du pli

septembre 2016 | Le Matricule des Anges n°176 | par Emmanuelle Rodrigues

Connaisseur de la culture japonaise, Jean-Marc Ceci imagine dans ce premier roman tout de rigueur et d’élégance, de faire dialoguer Orient et Occident et confronte leur esprit d’invention.

C’est sous l’égide du poète Issa, dont quelques vers cités en exergue introduisent le lecteur dans l’univers feutré de ce conte, que se découvre ici un art de raconter délesté des lourdeurs habituelles du roman. Telle est en effet la manière par laquelle Jean-Marc Ceci parvient à éveiller la curiosité du lecteur, sans la combler tout à fait, selon cette assertion que l’on trouve formulée ainsi : « toute beauté a sa part d’ombre ». Le récit qui se déroule ici selon un style ciselé et concis, se réduit à sa plus simple expression et ne comporte guère de rebondissements captivants ni de suspense haletant. L’écrivain belge n’en est pas pour autant économe d’effets de style, usant de l’ellipse, épurant à souhait son propos, esquissant à peine ses personnages, moins incarnés que suggérés.
En une suite de scènes, Jean-Marc Ceci évoque une série de situations déclinant divers thèmes : la dépossession, le don de soi, le détachement, la recherche du beau… Il en ressort une impression de simplicité déconcertante non dénuée d’efficacité. À la manière d’un conte, la fable se déplie en même temps que le lecteur s’instruit. Ainsi, nous voici renseignés sur la culture du mûrier à papier, le kozo, dont on fabrique avec l’écorce de ses branches, le washi, « l’un des papiers les plus résistants du monde ». L’histoire de cette tradition qui se perpétue au Japon depuis le VIIIe siècle de notre ère, l’auteur en relate donc quelques secrets et légendes. Il nous est également raconté de quelle façon l’Unesco a inscrit la fabrication du washi au « patrimoine culturel immatériel de l’humanité », tandis que la maîtrise de l’art du pliage est encore requise par l’agence spatiale japonaise pour recruter ses astronautes.
Fils d’un fabricant réputé de washi, et lui-même initié à la culture du kozo, Maître Kurogiku a conçu depuis son jeune âge une véritable passion pour l’origami, et après avoir quitté son village natal en quête de la femme aimée, il s’installe en Toscane, où il rencontre le jeune Casparo, passionné, quant à lui, par l’horlogerie. Le dialogue qui se noue entre ces deux personnages nous est rapporté comme un échange forgé de mutuelle incompréhension, et de curiosité. Le maître invite son jeune interlocuteur à renoncer à une connaissance préconçue et à parvenir par le regard et par l’écoute à une plus grande profondeur d’esprit. Est-ce cette leçon esthétique et morale que Maître Kirogiku, finalement surnommé Monsieur Origami, entend prodiguer au jeune Casparo, en quête lui aussi de perfection ? Sans doute, s’adresse-t-elle aussi au lecteur, que ce récit pour le moins bref et efficace lui suggère de considérer à son tour. Méditant sur les feuilles d’origami, qu’il plie et déplie avec une réelle dextérité, et une maîtrise absolue de son geste, le maître enseigne à son disciple à lire les visages humains bien davantage qu’à manier les feuilles de papier. Maître Kurogiku compare les êtres humains aux « rouages d’une montre très compliquée. Nous ne comprenons pas toujours ce qu’un petit mouvement de notre part fait bouger de l’autre côté du cadran. » Et ajoute-t-il : « On sait, on prétend ignorer. On a la réponse, quand bien même on demande. On doute de soi, on prétend douter des autres. On est aimé, on prétend douter de cet amour. »
S’allégeant au fil des pages, le récit de cette quête de vérité menée par le maître comme le disciple tend à se décharger de toute certitude. Car, que nous signifient encore l’art et la beauté en regard de la vie et de la mort qui nous habitent ?

Emmanuelle Rodrigues

Monsieur Origami, de Jean-Marc Ceci
Gallimard, 160 pages, 15

La passion du pli Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°176 , septembre 2016.
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