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Domaine français Légende orientale

septembre 2016 | Le Matricule des Anges n°176 | par Camille Cloarec

Une femme se remémore son passé, entre menaces, exil et questions identitaires. Un premier roman sur le déracinement de Négar Djavadi.

Tout homme a deux pays, le sien et la France », écrivait Thomas Jefferson au XVIIIe siècle. Cette affirmation n’a plus rien de vrai aujourd’hui, et ressemblerait même à une antiphrase. Dans son roman d’inspiration autobiographique, Négar Djavadi la rappelle pourtant. Née en 1969 en Iran dans une famille d’intellectuels opposée au Shah puis à Khomeiny, cette dernière arrive clandestinement en France à 11 ans. Désorientale revient sur son parcours marqué par la fuite et l’oubli. Roman de l’exil, construit sur le mode d’une vaste fresque familiale, il suit le parcours de Kimiâ, jeune femme d’origine iranienne vivant à Paris, et désirant ardemment avoir un enfant.
Ce sont les longues heures que la narratrice passe dans les salles d’attente des hôpitaux parisiens, dans l’espoir toujours repoussé de bénéficier d’une fécondation in vitro, qui font ressurgir son passé. « Je cours sans cesse après le présent. Mais le présent n’existe pas. Ce n’est qu’un entracte, un répit éphémère, qui peut à chaque instant être balayé, détruit, pulvérisé, par les djinns échappés du passé », réalise-t-elle. En effet, le passé de Kimiâ, qui remonte à l’histoire de ses ancêtres, n’est pas simple. Entre son arrière-grand-père Montazemolmolk, propriétaire d’un harem dans le nord de l’Iran, sa mère Sara, auteure d’une thèse sur Rousseau, et ses oncles innombrables, numérotés pour plus de clarté, l’on peut véritablement parler de « légende familiale ». Les anecdotes s’enchâssent les unes dans les autres, dans un ordre plus instinctif que chronologique. Le présent, qui semble figé dans ces salles aseptisées, résonne étrangement avec les gloires et les déchirements passés. De ces Mille et Une Nuits revisitées se détache un personnage solitaire et solaire : le père, Darius Sadr – « Darius-Invincible, Darius-Héroïque, Darius-Rescapé de l’enfer ».
Journaliste engagé, qui enverra en 1976 une lettre bien sentie de 224 pages au Shah, Darius est un père absent, lointain. Son engagement politique le chasse, ainsi que sa famille, en France. Jusqu’au bout, il défendra ce qu’il estime juste, préférant la souffrance à la mollesse, le danger au silence. Kimiâ se souvient par exemple de son dégoût des escalators : « Je vois son corps légèrement penché en avant par l’effort, obstiné, volontaire, ancré dans le refus de profiter du confort éphémère de l’ascension mécanique. » Cet être de fuite, accoutumé des fugues, qui a connu la torture et la prison, laisse à ses filles un héritage indicible, fait de tabous, d’honneur et de tragédies.
Pendant des années, Kimiâ n’a souhaité qu’une chose : gommer son passé, qui « n’était plus des anecdotes qui pouvaient se raconter, mais un champ de ruine, vaste et blanc », et s’adapter pleinement à la culture française. Au fur et à mesure qu’il refait surface s’échafaude un édifice romanesque et historique, qui mêle les grands bouleversements iraniens à l’intimité des Sadr. La vie de Kimiâ est indissociable de celle de son pays, qu’elle désire et dénigre tout à la fois. Son Iran appartient à l’enfance, à l’innocence. Y replonger, c’est avoir « l’impression de (se) faire tirer en arrière, le corps traîné sur les graviers d’une histoire dont (elle) essayai(t) désespérément de (s)’échapper  ». Pourtant, la narration morcelée de Désorientale est tout sauf nostalgique. Mosaïque de villes (Paris, Téhéran, Bruxelles, Londres), de destins et de contes, elle laisse libre cours à un humour incisif. Khomeiny n’est nommé que sous le qualificatif de Vieillard Enturbanné, ses compatriotes sont décrits dans leurs plus loufoques attitudes, « les dieux de la génétique » sont convoqués…
Nourri d’une veine politiquement incorrecte, résolument spontanée, le roman est une célébration de la vie et de la musique. « L’Iranien n’aime ni la solitude ni le silence – tout autre bruit que la voix humaine, même le vacarme d’un embouteillage, étant considéré comme silence ». Pour contrer le silence, Négar Djavadi choisit le brouhaha mélodieux de l’écriture, saturée de personnages, parsemée de ponctuation libre (majuscules, tirets), signalant à sa manière la colère, l’indécision, le traumatisme.

Camille Cloarec

Désorientale, de Négar Djavadi
Liana Levi, 352 pages, 22

Légende orientale Par Camille Cloarec
Le Matricule des Anges n°176 , septembre 2016.
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