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Zoom Gaza en France

octobre 2016 | Le Matricule des Anges n°177 | par Thierry Cecille

Paradis perdu et enfer mêlés, Mayotte est une terre terrible pour ses enfants : Nathacha Appanah y inscrit avec force le destin de Moïse, orphelin perdu.

Tropique de la violence

Il faut me croire. De là où je vous parle, les mensonges et les faux-semblants ne servent à rien. (…) De là où je vous parle, ce pays ressemble à une poussière incandescente et je sais qu’il suffira d’un rien pour qu’il s’embrase.  » C’est de l’au-delà, du pays des morts, nous l’apprendrons vite, que nous parle cette voix, celle de Marie : elle nous apprend comment elle a quitté la vallée humide et sombre de son enfance métropolitaine pour, jeune infirmière, suivre l’homme qu’elle aime, Chamsidine, là d’où il vient, Mayotte, qu’elle imagine comme «  une île aux enfants, verdoyante, fertile, une île où l’on joue du matin au soir  ». Elle raconte comment, très vite, il l’a abandonnée pour une Comorienne, bien plus jeune qu’elle : « Elle s’habille avec des vêtements colorés que j’appelle des costumes de clown, elle porte le masque de santal sur le visage et ça lui fait un visage de clown. C’est une pute de clown ». Elle glisse alors lentement vers le désespoir quand une clandestine, venue d’au-delà de l’océan dans une kwassa kwassas, barque d’infortune, lui offre, littéralement, son enfant : il a un œil noir et un œil vert et donc, dit-elle, « Lui bébé du djinn. Lui porter malheur avec son œil  ». Marie, logiquement, l’appelle Moïse – et le chérit, l’élève. Mais soudain Marie meurt, et Moïse, désormais, sera seul, deviendra l’orphelin qu’il devait être, fatalement.
La voix de Moïse prendra alors la suite de celle de Marie, que l’on entendra cependant encore parfois, comme si, morte, elle ne pouvait s’éloigner tout à fait – et d’autres voix se mêleront, s’entrelaceront, en un chœur fragmenté, heurté. Nathacha Appanah, née à Maurice, sait parfaitement moduler chacune de ces voix, nous les faire entendre, rudes ou chuchotantes, tendres ou agressives. Il y a celle d’Olivier, le gendarme, conscient de la paix fragile qu’il est censé protéger, celle de Stéphane, l’humanitaire, dangereux à force de naïveté et de bonne conscience, et surtout celle de Bruce, adolescent lui aussi, chef de bande effrayant et pathétique à la fois, complice, puis tortionnaire, puis victime de Moïse, qui l’assassine sans vraiment le vouloir, comme au terme d’un cauchemar épuisant. Bruce règne sur Gaza : « Gaza c’est un bidonville, c’est un ghetto, un dépotoir, une favela, c’est un immense camp de clandestins à ciel ouvert, c’est une énorme poubelle fumante que l’on voit de loin. Gaza c’est un no man’s land violent où les bandes de gamins shootés au chimique font la loi. Gaza c’est Cape Town, c’est Calcutta, c’est Rio. Gaza c’est Mayotte, Gaza c’est la France. » Mais cette misère fait encore figure de terre promise pour d’autres damnés : « un pays qui brille de mille feux et que tout le monde veut rejoindre. Il y a des mots pour ça : eldorado, mirage, paradis, chimère, utopie, Lampedusa. » Nathacha Appanah, dans ce récit tendu et maîtrisé, interroge : la haine fermente, la violence bout, la révolte menace, sourde – jusqu’à quand ?

Thierry Cecille


Tropique de la violence, de Nathacha Appanah
Gallimard, 179 pages, 17,50

Gaza en France Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°177 , octobre 2016.
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