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Domaine français Pour qu’ils demeurent encore un peu

novembre 2016 | Le Matricule des Anges n°178 | par Richard Blin

En permettant à la communauté rurale d’accéder à la dignité d’être lue, Pascal Commère donne vie à ceux qui n’ont disposé longtemps que d’une parole sans trace.

Si la terre nourrit, on le doit d’abord à ceux qui la travaillent, au « noir petit monde obstiné de l’agriculture », à ces paysans enracinés dans leur terroir et devenus agriculteurs, c’est-à-dire brutalement changés en producteurs soumis à l’impôt selon des règles nécessitant la tenue d’une comptabilité. Comptable en milieu rural, et donc appelé à vivre parmi eux et à partager leurs soucis administratifs, Pascal Commère s’est fait aussi le comptable de leurs vies silencieuses, quasi invisibles et parfois tragiques. Cultivateurs, éleveurs, bûcherons, c’est de leur mode de vie, déjà en train de tomber en déshérence, qu’il témoigne au fil des treize récits ici rassemblés, qui sont autant de portraits d’êtres devenus dérisoires, condamnés à devenir l’ « autrefois », mais incarnant l’homme en ce qu’il a de plus universel.
Ces paysans qu’il côtoie quotidiennement lors de ses déplacements dans les fermes – et qui sont souvent surpris « que quelqu’un en dehors de la “patronne” et des bêtes les écoute » – ou qu’il reçoit dans la permanence qu’il tient tous les jeudis à la Coopérative – une permanence qui devient une sorte de scène théâtrale où défile l’humanité paysanne –, il les rend incroyablement présents, avec leur façon de s’exprimer qui passe autant par le corps que par la bouche, avec leur fierté aussi, qui voudrait n’être jamais dupe de rien.
Partageant leurs réflexions sur « les petites choses qui font la vie des hommes ici », et leurs considérations sur le temps, celui qu’il fait, celui qui nous dépossède et nous défait – « Le temps qui n’a consistance ici qu’au regard de ce qui disparaît » –, il découvre leur «  fausse simplicité  » car rien, avec les paysans « n’est jamais ceci ou cela, mais un peu des deux à la fois, toute chose en cachant une autre ». En devenant une sorte de confident, et en s’associant à leurs préoccupations, qui vont de la succession à la peur du nouveau (la fin du forfait, le passage à la « tévéa » et l’imposition selon la méthode réelle) – « Je me demande comment ils faisaient nos parents avant (…) Y’avait pas de réel et ils nous élevaient ! » – lhomme des chiffres qu’il est, s’efforce de compenser ce qui est vécu comme une véritable humiliation : « Mais pour qui donc qu’i s’prennent ! » À son écoute, il ajoute surtout son assistance, en les accompagnant dans leur difficile relation « avec ce qui les rebute de toujours au plus haut point, “les papiers” ». C’est ainsi qu’il leur rend leur dignité et que ce qui est également son « ici » devient le terroir de ses mots.
Car, chez Pascal Commère, le poète n’est jamais loin qui – par-delà une existence « enfermée dans des colonnes de chiffres » – sait dire avec un rare accent de vérité, le concret, la réalité de la vie à la campagne. Depuis les salades dans les jardins, « blotties à terre comme des poules sous la chaleur », jusqu’aux hautes moissonneuses rouges « parmi les blés, et leur long cou d’oiseau sur le côté, qui vomit dans les bennes », en passant par les soirs de brume dans les rues vides des villages, ou par ces jambons qui, derrière la vitre embuée d’une boucherie mal éclairée, deviennent « des têtes qui bougent, des massues qui ressemblent un peu à l’Afrique à l’envers ». Un poète qui se sent frère du paysan, qui les écoute et les aime « pour ce qu’ils étaient : des êtres démunis et fragiles, comme chacun de nous ». Ce qui le rend philosophe, comme quand il nous dit voir dans une ficelle « l’image de la pauvreté du monde, de sa précarité », et même une sorte de « sœur » qui, comme lui, ne sait vivre qu’en se liant.

Richard Blin

Lieuse, de Pascal Commère
Le Temps qu’il fait, 160 pages, 17

Pour qu’ils demeurent encore un peu Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°178 , novembre 2016.
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