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Domaine étranger Wallace in extenso

novembre 2016 | Le Matricule des Anges n°178 | par Valérie Nigdélian

Un recueil de nouvelles et une biographie pour plonger dans la vie chaotique et l’œuvre azimutée de l’écrivain américain disparu en 2008.

David Foster Wallace

Séance de rattrapage pour ceux que les 1 500 pages de L’Infinie Comédie avaient effrayés à l’automne dernier : l’homme au bandana revient sur le devant de la scène en cette rentrée tardive, avec la publication de L’Oubli, un recueil de nouvelles écrites autour des années 2000, ainsi que la traduction de la première biographie qui lui est consacrée. D. T. Max, collaborateur du New Yorker, y reconstitue minutieusement le parcours de cette figure culte des lettres américaines, suicidée à l’âge de 46 ans. Entre un premier roman (La Fonction du balai) écrit à seulement 23 ans et le manuscrit inachevé qu’il laisse sur sa table de travail avant d’aller se pendre (Le Roi pâle), entre phases de dépression profonde et périodes d’intense créativité, Wallace laisse donc cette incontournable Comédie, mais aussi des nouvelles, des articles et quelques essais qui n’ont cessé d’interroger les arrière-plans de la culture américaine dans cette période étrange qui suit la post-modernité.
Divertissement et ennui, faux-semblants et mauvaise foi, pulsions consuméristes et vide sidéral : Wallace a dépeint de l’intérieur une société anomique et pourtant fébrilement humaine, dans ses travers les plus sombres et ses fragiles lumières. Et s’est sans relâche attaché à rendre palpables, derrière le flux virtuosement panique du discours, l’impossibilité d’être au monde et l’absurdité de notre condition. Les nouvelles de L’Oubli n’échappent pas à la donne, alternant horreur et irrésistible humour noir, tragédie ou délicieux non-sens. Dans la langue pléthorique qu’on lui connaît – ces phrases gigognes reculant sans cesse leur propre fin par d’infinies digressions, ce vocabulaire à la précision monomaniaque allant de néologismes en jargons divers, en passant par d’indigestes cascades d’acronymes –, Wallace invente un territoire flottant, incertain, où la raison, le langage, les discours tentent d’ériger un mur capable d’endiguer ce terrifiant désordre qu’est le réel – tel le « maillage protecteur » de cette fenêtre où un enfant autiste projette ses visions cauchemardesques en une succession de saynètes géométriques. On y retrouve sa passion pour les statistiques, appliquées ici à « la grande machine à broyer du marketing étatsunien » pour tenter de prédire les réactions d’un panel de consommateurs face à des biscuits « délictueusement » chocolatés. Mais aussi sa fascination pour la logique, prétexte à d’interminables ratiocinations autour du paradoxe du menteur, ou à d’hypothétiques reconstitutions narratives. Sans oublier son savant usage du grotesque pour dynamiter des univers très codifiés (ou l’improbable rencontre entre un pauvre bougre du Midwest, un « caca miracle » en forme de Vénus de Milo et les costumes Issey Miyake). Chez Wallace, tout le monde ment, et se ment d’abord à soi-même. Mais c’est d’abord dans la langue que se joue la principale imposture, car « Ce qui se passe en nous est beaucoup trop rapide et énorme et interconnecté pour que les mots fassent mieux qu’esquisser le contour d’une toute petite minuscule partie d’un instant précis, dans le meilleur des cas. »
C’est de cette quête de simultanéité que sa prose se nourrit, s’épuisant en toute connaissance de cause à se libérer de la linéarité et de la chronologie. Comme l’écrit D. T. Max, Wallace était « un écrivain de la totalité, qui travaillait par inclusions : un maximaliste qui voulait saisir l’ensemble des États-Unis ». Parmi les huit nouvelles du recueil, « Ce cher vieux néon » pose clairement cette exigence : l’expression de tous « les univers en vous, (…) toutes les fractales sans fin de relations et de symphonies de voix, les infinités que vous ne pouvez jamais montrer à une autre âme ». Mais dans ce bouleversant récit de dépression et de suicide, c’est bien d’outre-tombe que la voix du narrateur s’adresse à nous, là où, enfin, «  chaque moment (est) une mer ou un plan ou un passage de temps infini dans quoi l’exprimer ou le communiquer, et vous n’avez même pas besoin d’un langage organisé, vous pouvez comme on dit ouvrir la porte et arriver dans la salle de n’importe qui avec toutes vos idées et facettes et formes multiformes ».

Valérie Nigdélian


L’Oubli, de David Foster Wallace, traduit de l’anglais (États-Unis) par Charles Recoursé, L’Olivier, 400 p., 23,50  et David Foster Wallace. Toute histoire d’amour est une histoire de fantômes, de D. T. Max, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jakuta Alikavazovic, L’Olivier, 448 p., 25 e

Wallace in extenso Par Valérie Nigdélian
Le Matricule des Anges n°178 , novembre 2016.
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