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Domaine étranger Bagdad crie vengeance

novembre 2016 | Le Matricule des Anges n°178 | par Éric Dussert

Plébiscité par les lettrés du monde arabe, le roman politico-fantastique d’Ahmed Saadawi dévoile la folle réalité irakienne.

Poète, essayiste et producteur de films documentaires bagdadien né en 1973, Ahmed Saadawi était à Paris il y a quelques jours à proximité de l’ancien cimetière des Innocents, sur une place épargnée par la trépidation du monde. La place est flanquée par la vitrine du magasin Aurouze, maison spécialisée dans la « Destruction des animaux nuisibles », où des rats qui ont fait les frais sont exposés pendus par le col. Ahmed Saawadi y voit une illustration du sort réservé au peuple irakien et rend la chose intelligible en se prenant dans un geste vif la gorge à deux mains, langue pendante. La place abrite aussi un petit café posé contre la fameuse vitrine. C’est là que nous parlons de Frankenstein à Bagdad grâce à l’intercession de Maamoun Hamad, professeur d’arabe à Paris.
Ce roman, héritier direct de la créature de Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley, nous dit Ahmed Saawadi, met en scène « un vengeur composite, fabriqué par le vieux brocanteur d’un quartier populaire de Bagdad » qui habite ce qui ressemble beaucoup à La Maison de la mort certaine d’Albert Cossery. « La presque ruine se trouve dans la ruelle numéro 7 du quartier de Batawin  ». Le vieux y rafistole des corps de victimes déchiquetées par les bombes lorsque, pour une raison qui lui échappe, le cadavre cousu disparaît et le golem du monde arabe entreprend de venger les victimes dont il se compose en punissant les criminels et les commanditaires des attentats.
Ahmed Saadawi se souvient de l’événement qui l’a inspiré : « un homme vient chercher à la morgue le corps de son frère tué dans une explosion. Faute de pouvoir le lui remettre – le frère a été complètement pulvérisé –, un médecin blasé lui conseille de ramasser ce qu’il peut des fragments de dépouilles qui attendent la crémation. Avec les attentats et les enlèvements en plein jour, les fusillades, ce sont près de cent cinquante corps qui arrivent à l’hôpital chaque jour… »
« Dans un État mené par la canaille et les affairistes, avec le soutien d’Américains honnis et de services secrets incompétents », Ahmed Saadawi a choisi de dire via la fiction une réalité qu’un reportage n’aurait pas pu rendre plus frappante. Ainsi de cette mainmise de mages fumeux sur les ineptes responsables de la police spéciale, du pouvoir des milices confessionnelles ou mafieuses, et des instincts individuels millénaires poussant une société entière vers sa déstructuration.
Son pari est plus que réussi : « des éditions pirates ont fleuri dans tout le Moyen-Orient, en provenance de Gaza en particulier, et en Irak ce sont plusieurs tirages de 1000 exemplaires qui ont été imprimés successivement. » Le succès d’Irak devient best-seller couronné par le plus prestigieux des prix littéraires arabes, l’International Prize for Arabic Fiction 2014, et, quatre-vingt-treize ans après l’envol du Voleur de Bagdad d’Achmed Abdullah, prouve que la fable n’a pas déserté la ville. L’humanité non plus qui y a toujours déployé des efforts magnifiques pour se maintenir malgré les soubresauts de l’histoire. Si Frankenstein à Bagdad a été tragiquement rattrapé par l’attentat du dimanche 3 juillet dernier, le plus meurtrier de l’année dans la capitale – deux cents victimes –, « on saura un jour que sa cause n’était ni politique, ni clanique, ni religieuse mais très probablement immobilière. On apprendra aussi qu’aucune enquête sérieuse n’a été diligentée », mais on se souviendra qu’en rendant coup pour coup, la créature d’Ahmed Saadawi soutient la cause du peuple démuni.
Son prochain roman, La Porte de craie, paraît le 27 novembre en Irak. Son éditeur a pour logo un chameau, en France c’est un piranha qui orne Frankenstein à Bagdad, tandis qu’un cygne et un pingouin marquent les éditions italienne et anglaise. Et c’est bien avec une énergie et une souplesse animales que les peuples humains s’expriment lorsqu’ils décident de ne plus se laisser piétiner.

Éric Dussert


Frankenstein à Bagdad, d’Ahmed Saadawi, traduit de l’arabe (Irak) par France Meyer, Piranha, 380 p., 22,90

Bagdad crie vengeance Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°178 , novembre 2016.
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