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Théâtre Lorsque l’enfant s’en va

mai 2017 | Le Matricule des Anges n°183 | par Patrick Gay Bellile

Suzanne Lebeau nous accompagne avec délicatesse sur le chemin qui mène à la mort d’Alice.

Trois petites sœurs

Un enfant part sereinement lorsqu’il a acquis la certitude que ses parents acceptent qu’il parte, qu’il meurt, lorsqu’il a la conviction de ne pas laisser son entourage dans le chagrin. » Ainsi parle Suzanne Lebeau dans un court texte publié à la suite de Trois petites sœurs, précisant et éclairant son travail d’écriture. L’auteure québécoise a l’habitude de s’attaquer à des sujets réputés difficiles, des sujets à propos desquels il est convenu de dire que les enfants sont trop petits, qu’ils ont bien le temps, qu’ils ne pourront pas comprendre : la guerre, l’amour, la différence. Et puis les relations que les enfants entretiennent avec les adultes. Et pour creuser son sujet, elle va voir sur le terrain ce qu’il en est, interroge, raconte, lit des bouts du texte en cours d’écriture. Pour ne pas rester à la surface des choses et aller voir au plus profond ce qu’il en est. Ici, il s’agit de la mort d’un enfant. Ou plutôt du chemin que vont parcourir l’enfant et sa famille entre l’annonce de la maladie et la fin inéluctable.
La famille, c’est le père, la mère et trois sœurs : la grande, la petite et Alice. Une famille en vacances, à la veille de la rentrée des classes. Une famille aimante qui trace son chemin dans la vie. Les filles profitent du soleil, du lac, de la plage, les parents pensent à la rentrée et aux affaires qu’il faut acheter parce que les filles grandissent. Et puis il y a ces maux de tête chez Alice. Persistants. « Pas une grosse douleur. Un agacement. Une lourdeur. » Probablement dus à des phénomènes liés à la croissance. Ou bien provoqués par le stress de la rentrée prochaine. Alice a 5 ans et se prépare pour la grande école. Mais les maux de tête persistent et le jour de la rentrée, Alice ne veut pas se lever. Son père la prend dans les bras : « Je l’ai soulevée / Et j’ai senti, senti tout à coup comme elle était fragile. » La suite, c’est l’hôpital, la litanie des examens et puis le verdict : Alice a une tumeur maligne. La famille passe de l’incrédulité à la culpabilité, du désespoir à l’abattement, puis à la colère. Puis à la guerre. Ils vont faire la guerre à la maladie, prévenir tout le monde, toute la famille, et les proches, constituer une armée pour défendre Alice. Chirurgie, chimiothérapie, rémission, les mots s’enchaînent, les espoirs aussi, mais rien n’y fait : Alice va mourir. Et la famille finit par accepter, par mettre un terme aux tentatives médicales, et décide « de faire des derniers jours d’Alice les plus beaux jours de sa petite vie trop courte ». Elle organise une grande fête autour de la petite fille, une fête qui va durer plusieurs jours, avec la famille, les amis de l’école et même les maîtresses. Il y a des chants, des danses, des rires et des bouquets de fleurs chaque jour renouvelés. Et une fois tout le monde parti, les quatre se retrouvent autour du petit lit, « et comme une grande, toute seule, elle a fermé les yeux », certaine qu’ils sauront tous les quatre vivre sans elle.
Alors, cette histoire pourrait être d’une tristesse infinie, mais Suzanne Lebeau va plus loin : pour nous la raconter, elle met en scène les parents, les sœurs, mais aussi Alice. Parce que « tous les quatre, ils ne pourront pas dire le plus important. Il faut du temps, beaucoup de temps pour trouver les bons mots et les bons silences  ». Alice accompagne le récit, le ralentit, souvent, corrige des erreurs, répare des oublis, insiste sur certains détails, rappelle des petites choses qu’elle est la seule à connaître. Et de ce fait elle nous semble incroyablement vivante, nous parlant d’au-delà de la mort. Cette famille poursuit son chemin, à cinq, comme si la mort n’était qu’une étape, un chapitre, mais qu’elle ne mettait certainement pas fin à l’histoire. Une histoire simple, sans pathos, d’une très grande pudeur. Et en même temps Suzanne Lebeau appelle les choses par leur nom. Pas de métaphore, de sous-entendu, de récit symbolique qui évoque les choses sans les nommer. Ici, les mots disent précisément ce qu’ils doivent dire. Et c’est une façon de redonner à cette mort toute sa dignité. L’auteure a écrit là un texte magnifique, un texte adressé aux enfants mais aussi aux adultes. Un texte écrit pour cette société qui fuit la mort et la cache comme une chose honteuse, comme un échec. Alors qu’il n’est question que « de la vie… avant et après ». Patrick Gay-Bellile

Trois petites sœurs, de Suzanne Lebeau
Éditions Théâtrales Jeunesse, 80 p., 8

Lorsque l’enfant s’en va Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°183 , mai 2017.
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