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mai 2017 | Le Matricule des Anges n°183 | par Éric Dussert

Jouer de l’anonymat pour créer son œuvre ou perdre son manuscrit, autant d’actes manqués qui fascinent les créateurs de texte en mal d’aventures.

Incognito : Anonymat, histoires d’une contre-culture

L’histoire se conjugue sur plusieurs modes. De la vulgarisation à roue voilée jusqu’à l’érudition pointue comme l’aiguille, elle paraît produire chez certains éditeurs généralistes une salivation spécifique. L’intérêt des clients ne se démentant pas, en particulier lorsque la littérature hexagonale manque de souffle, les produits éditoriaux prolifèrent sous des formes variées. Et comme de bien entendu, l’une des plus tonitruantes est aussi souvent celle qui met le moins en jeu les canons traditionnels du savoir – cette vieille carne peu attrayante. On a beau faire, le speed-writing à base de speed-learning produit du speed-reading… Si l’on ajoute le fait que l’histoire culturelle a une tendance à autoriser le badinage et la vue fragmentaire, la double publication d’un essai sur l’anonymat et d’une promenade de bibliographie idéelle apporte la preuve que beaucoup de travail reste à faire.
Auteur d’Incognito. Anonymat, histoires des contre-cultures, Yann Perreau apporte de l’eau à notre moulin en proposant chez Grasset un livre qui a toutes les apparences de l’essai construit – et illustré – alors qu’il semble cousu de fiches Wikipédia (ou régions circonvoisines). Passé son titre « à accumulation de mots-clefs » (méthode moderne), il ne contient aucune réflexion bien poussée sur un sujet qu’il tronçonne en quelques chapitres : les sœurs Brontë, Richard Mutt, Gary, Warhol, Nicolas Bourbaki, le Sous-commandant Marcos, Anonymous, etc. En tout cas rien qui ne se trouve en tapant trois mots sur Google, vecteur frelaté, certes, mais vecteur gratuit.
Citer Gary, Debord, Kaminski et Deleuze ne suffit cependant pas sur ce sujet. Car au lieu de se pencher sur les subtiles philosophies issues des pages des Inrockuptibles, il y avait lieu de consacrer quelques pages aux travaux fondateurs de Brunet, de Nodier et des érudits d’autrefois qui, il y a plus de trente ans c’est vrai, avaient des questionnements éclairés et une très large optique. N’aurait-on pas pu projeter sur Julien Torma, les auteurs de pamphlets et les révolutionnaires d’autrefois quelques pensers ? Où les pornographes miteux du XIXe siècle qui élaborèrent des processus inédits ? Quid des travaux de Paul Aron ou de Marc Angenot, d’autres encore ?
Comme de bien entendu on nous emballe tout ça dans la « contre-culture ». Ne fallait-il pas commencer tout doucettement par une « culture » ? Et peut-on parler de contre-culture à propos de B. Traven, écrivain cherchant la paix de l’esprit, ou pour Leonardo da Vinci mystifiant de temps en temps ses contemporains ? Et pourquoi cette focalisation sur le duo des Daft Punk ? Si ces deux-là appartiennent à la contre-culture, le Matricule des Anges est de l’Académie française. Bref, on a l’impression de naviguer dans le gloubi-boulga.
Pour illustrer notre introduction autrement, voyez encore Le Livre des livres disparus de l’Italien Giorgio van Straten (traduit par Marguerite Pozzoli, Actes Sud, 176 pages, 18 ). On en sort déçu comme d’un livre d’Alberto Manguel. Cette aimable promenade ne peut pas prétendre incarner LE livre définitif sur la question. Il s’agit plutôt d’Un livre des manuscrits disparus en huit chapitres, où se trouvent avancées par le truchement de sources secondaires des anecdotes de l’histoire littéraire du siècle dernier prouvant que nous ne lirons jamais tout de ce qu’ont écrit Sylvia Plath, Hemingway (ses premiers écrits), Gogol (la suite des Âmes mortes), Bruno Schultz, etc. Une surprise toutefois : Van Stranten nous parle de l’Italien Romano Bilenchi (1909-1989), un écrivain qu’il a connu personnellement. Voilà du nourrissant. Enfin du vécu !

Éric Dussert

Incognito. Anonymat, histoires d’une contre-culture, de Yann Perreau
Grasset, 306 pages, 19,90

Quo vadis ? Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°183 , mai 2017.
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