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Zoom Ne me quitte pas

janvier 2018 | Le Matricule des Anges n°189 | par Martine Laval

Abandonner sa langue maternelle, choisir le français pour écrire l’indicible, et ainsi donner vie au père enfui. Un premier texte tonique.

Dans l’eau je suis chez moi

Les pères, c’est pas marrant. Un jour, ils disparaissent, ni vu ni connu, ils sont ailleurs, peut-être même ils meurent, allez savoir. Les pères laissent un grand vide, du silence ou des questions à l’infini, c’est du pareil au même. Les pères donnent naissance à des fractures, genre irrémédiable, truc qui ne cicatrise pas, et ils s’en foutent. Ils font de leurs gosses des canards boiteux, en perpétuel déséquilibre, et on devrait les remercier, ces pères. Car ils donnent aussi naissance à une écriture.
Aliona Gloukhova a 11 ans lorsque Youri, son père, disparaît en mer. Vingt ans après, elle remonte le temps, le farfouille, le superpose, marque au fer rouge l’absence de ce père et accroche pour cela ses phrases aux étoiles. Ce premier livre à la lisière de l’autobiographie et de la fiction, impose un style farouchement anti-larmes, anti-apitoiement, quasi pragmatique, et pourtant si léger, poétique – bourré de tendresse jusqu’à l’euphorie. Dans l’eau je suis chez moi est une authentique lovestory.
Aliona Gloukhova est née à Minsk, elle a deux langues maternelles : le russe et le biélorusse. Mais c’est en français, moteur de l’indicible, qu’elle organise ses retrouvailles avec le père. Elle convoque des souvenirs, rien que des lambeaux, images floues, paroles ténues, et reste tétanisée « comme si (sa) bouche était remplie de sable ». Bouche bée mais la plume tenace, elle « traverse les silences des autres afin de trouver des mots justes », se donne pour mission de les dénicher coûte que coûte ces mots rangés dans des endroits impossibles, sinon, inaccessibles, là au fin fond de la mémoire ou du cœur. Les souvenirs sont en russe, leur véracité éclate en français : « J’entends des mots séparément dans ma tête, j’ai trouvé un endroit silencieux au sein d’une autre langue, un endroit où je peux réfléchir.  » Ou elle peut déposer ses peines et sa poésie, ses doutes et ses désirs.
Comme celui de l’inventer ce père envolé. Youri, un type inapte au régime stalinien, sans carte du Parti, un égaré, un indécis, à l’étroit dans sa vie formatée, toujours prêt à fuir, à s’aventurer ailleurs ou dans l’alcool, un gosse aux mille rêves.
Avec cet exercice introspectif punchy et pudique, Aliona Gloukhova appelle à la rescousse l’imaginaire, une façon de ne plus être la petite fille abandonnée, une façon de grandir, d’apprendre à dire non, et de métamorphoser l’insondable travail de deuil en déclaration d’amour : « Tu es tellement vivant dans mes rêves et tellement absent dans ma vie.  » Aliona Gloukhova raccommode son destin sans renoncer à ce qui n’a jamais existé : « Je fais comme si je pouvais encore faire durer son histoire, je me mets à sa place et je suis toutes les pistes, même les fausses. » La toute jeune écrivaine fait de sa fragilité une arme de libération. Elle réinvente avec son français à l’accent tonique le livre de la consolation, de l’apaisement. Et même si les pères, c’est gonflant, on les aime. La preuve, ils poussent à écrire et font de formidables héros de roman.
Martine Laval

Dans l’eau je suis chez moi, d’Aliona Gloukhova
Verticales, 120 pages, 13

Ne me quitte pas Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°189 , janvier 2018.
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