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Poésie L’évidence poétique

mars 2018 | Le Matricule des Anges n°191 | par Richard Blin

Dans un livre des ferveurs et des fidélités, Sophie Nauleau rend grâce à la voix des poètes et aux pouvoirs de la poésie. Une allègre leçon d’être, par la nouvelle directrice du Printemps des Poètes.

La Poésie à l’épreuve de soi

La poésie, il y a ceux qui en parlent et ceux qui la vivent, la portent en soi, l’arpentent, la partagent. C’est le cas de Sophie Nauleau qui avec La Poésie à l’épreuve de soi lui donne corps, présence et éclat, nous aide à sentir ce qui en elle a le génie de vivifier, d’agrandir et d’enrichir toutes choses. Le poète « serait celui qui ajoute à l’avancée le surcroît, le pas de côté, le vieux pas de plus dans l’inconnu ». La poésie que goûte Sophie Nauleau est celle qui a gardé l’esprit ardent des premiers âges, celle qui capte, suggère, ranime, donne envie de saisir la vie à plain-chant, de bondir dans les mondes, de goûter à l’alcool des horizons perdus.
Pour elle, tout a commencé, gamine, avec les vers de mirliton qu’elle pouvait lire sur le papier peint de la cuisine de ses grands-parents paternels : « Les aliments crus… sont comme les mots… Ils appartiennent à tout le monde… le cuisinier en est le poète. » C’est là, dit-elle, que pour la première fois elle a déchiffré le terme « poète ». Des biographèmes comme celui-là, elle en jalonne son livre, en ponctue sa déambulation parmi ses souvenirs et les voix de tous les poètes qu’elle a envie de donner à entendre, à écouter, à lire, de Nerval à Antonio Machado en passant par René Char, Michaux, Pessoa, Kathleen Raine, Paul Celan, Saint-John Perse, Joë Bousquet, Sylvia Plath, Lydie Dattas…. Déambulation par essence buissonnière, élective, capricieuse, souverainement libre. Des contiguïtés, des accointances se dessinent, des résonances intimes ou imaginaires se développent. Sophie Nauleau tisse des liens, lance des passerelles, passe du Moyen Âge flamand de Hadewijch d’Anvers et de son dévorant désir – « Ce que l’amour a de plus doux ce sont ses violences » – à Pasolini, ou de Louise Labé à Jean Genet. « Tel est l’empire du poème qui vous prend à la gorge autant que par la main et vous mène où vous ne pensiez pas. »
Nourrie de lectures, d’adhésions vives (Catherine Pozzi, Constantin Cavafy, Jacques Darras, André Velter…), d’embardées belles, d’aveux (« À lire les alexandrins sulfureux composés par Genet en prison, leur crudité sexuelle alliée à leur beauté fatale, une certaine ardeur se propage en moi. Peut-on jouir à la seule lecture d’un poème ? Cela doit dépendre des êtres, du contexte et de l’heure… »), cette « défense et illustration » de la poésie vécue est aussi un appel à se lever, à lutter contre la léthargie ambiante. « Les muscles du corps, du cœur, de la langue et de l’esprit ont vite fait d’hiberner devant Netflix ou la télé. » La poésie dit quelque chose du réel dont nous faisons l’expérience. Elle est incitation à être, à développer notre sensibilité aux enchantements de la vraie vie comme au négatif. « Tenir tête au désastre. Tenir parole, y compris dans le silence, la réclusion ou la peur. » Car le poème est aussi ce contre-chant qui permet d’apprivoiser ce qui arrive ou de s’inventer de radieux mensonges.
En lui toujours on découvre de nouvelles sources, de nouvelles soifs, de nouveaux feux. Et ce qui était privé de parole devient moment « de haute destinée ». C’est que le langage est ce miroir qui peut tout dire, puisant au fond infini des métaphores, usant à merveille de l’analogie, de l’éventail des figures de style – « Ce qu’il y a de fort dans la figure de style, ce n’est pas la figure, c’est le style » –, de la puissance du mètre ou du vers blanc car « même dans les vers irréguliers ou libres, se cache un nombre d’or. Un diapason intrinsèque qui oscille entre le détournement et la tradition, entre l’usage et la surprise ». Capable de ranimer le chant muet de l’enfance ou de se faire chant du monde, la poésie est avant tout ce principe d’irradiation et de dilatation dont la vertu tonique hante le vibrato parlé des voix vivantes des poètes, « leur swing occulte ». Un principe qui porte le souffle d’une présence palpitante, restitue un peu d’éternité au précaire, ouvre sur plus de réalité. Richard Blin

La Poésie à l’épreuve de soi, de Sophie Nauleau
Actes Sud, 80 pages, 13

À lire aussi, Sortir de l’abîme (Le Castor Astral, 48 pages, 4 ) un manifeste poétique et politique, signé Seyhmus Dagtekin, un poète né en 1964, dans un village du Kurdistan turc et vivant à Paris depuis 1987. Auteur de plusieurs recueils dont Juste un pont sans feu (2007) que réédite Le Castor Astral, il lance dans ce manifeste un appel vibrant à mettre la poésie « au centre des choses et au cœur des êtres ». À faire d’elle une force de résistance « pour une existence sans oppression entre les vivants ».

L’évidence poétique Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°191 , mars 2018.
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