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En grande surface Mémoires d’outre

avril 2018 | Le Matricule des Anges n°192 | par Pierre Mondot

Le catalogue des éditions Muller présente une offre d’une grande variété. On trouve des essais : Sacré Marianne ! Fausse crise politique et vraie crise des valeurs (François Porteu de la Morandière). Des récits pour la jeunesse : Les Quadruplés au Royaume de Jeanne (Camille Guellec d’Aboville). Ou des recettes de cuisine : Dix bonnes raisons de restaurer la monarchie (Laurent-Louis d’Aumale). La liste s’est encore enrichie le mois dernier avec l’autobiographie de Jean-Marie Le Pen, Fils de la nation.
Ce titre fait référence à la qualité de Pupille de la nation dont bénéficie l’ex-président d’honneur à vie du Front national. On délivre cette protection aux orphelins de guerre. Avec des critères assez souples : deux ans après que Pétain a fait don de sa personne à la France, le père Le Pen, démobilisé et retourné à la pêche, commet l’erreur de tremper ses filets dans des zones où dérivent des mines allemandes. – Capitaine ! Venez voir la taille des oursins qu’on a remontés ! s’écrie le mousse. Le bateau est pulvérisé, l’équipage tombe à l’eau. Et la mer non plus ne ment pas.
Déterminé à venger la mort de son père, Le Pen entreprend de résister. Sa mère s’y oppose et lui planque ses pantalons : « Pas de culotte, pas de maquis. » Parvenu à déjouer la vigilance maternelle, il part affronter l’ennemi à Saint-Marcel, dans une bataille qui n’est pas Waterloo, mais à laquelle il convient lui-même avoir « encore moins compris ce qui se passait que Fabrice del Dongo ».
Il s’inscrit à Paris à la fac de droit. Les études l’ennuient. Tant pis pour les diplômes, il ira gagner des médailles : le voilà engagé dans les parachutistes de la Légion étrangère, en route pour l’Indochine. Freiné par une accumulation de contretemps, le sous-lieutenant débarque au Tonkin alors que le conflit touche à sa fin : « Diên Biên Phu était tombée quand nous accostâmes. » Il termine comme éditorialiste à Caravelle, le journal du corps expéditionnaire. Du théâtre des opérations, Le Pen ne retiendra jamais que le premier terme.
C’est en Algérie que le légionnaire rencontre le succès. La victoire cependant est amère : il rêvait de champs de bataille, de raids et d’assauts héroïques, on lui confie de vulgaires opérations de police. Une guerre urbaine, il ne manquait plus que ça. Et quoi qu’en dise cet « affabulateur alcoolique » de général Aussaresses, il a les mains propres : « Tordre un bras, est-ce torturer ? Et mettre la tête dans un seau d’eau ? » Malgré leur pâleur, il accepte les lauriers. De Gaulle l’en décoiffe quelques mois plus tard.
Puisqu’il en est ainsi, Le Pen se lance dans la politique. Élu député à deux reprises en gonflant deux baudruches, Poujade, puis Tixier-Vignancour, il s’essouffle au troisième mandat. La tuile, il lui faut travailler. Presque. Le Pen crée la SERP, une entreprise de microsillons, explore les recoins les plus sombres du folklore pour devenir une sorte d’Eddie Barclay du rance. Son répertoire propose des chants de l’armée allemande (« quatre disques, parmi les plus grands succès, ils ont servi de cheval de trait à la SERP, cent mille exemplaires chacun en vingt ans »), mais aussi des poèmes de Brasillach lus par Fresnay ou des « documents sonores » tel l’enregistrement du procès de Bastien-Thiry, « y compris la salve du peloton d’exécution : – Raaaaaaak. Et le coup de grâce ; – Tek ».
Après un héritage miraculeux, le producteur abandonne les vinyles pour fonder un parti politique. Désormais, il interprétera lui-même ses disques à la tribune. Ici s’achève le tome un. Ouf. On fera d’autant mieux l’économie du tome deux qu’on en connaît l’histoire : en 1984, la gauche, vaincue par le capitalisme, se cherche une bête immonde pour reprendre des couleurs. Le Pen postule. Engagé : ses boniments rabiques ont raison de la concurrence, son regard borgne conquiert les jurés.
L’histoire de l’œil : on imaginait une bagarre au couteau lors d’une embuscade tendue par les fells, une rixe d’après-meeting avec des cocos échauffés. Nenni. L’accident eut lieu pendant la campagne présidentielle de Tixier : « À Hyères, en maniant le maillet pour enfoncer une sardine où l’on attache les cordes de tension, j’ai un choc à l’œil, on doit m’hospitaliser. » La malédiction familiale le poursuit, avec un nouveau drame lié aux sardines. On admire le flou pudique avec lequel le mémorialiste narre l’événement. Un choc à l’œil. De toute évidence, cet empoté s’est envoyé le marteau dans la gueule.
L’épisode de l’énucléation résume bien la biographie du bonhomme. De loin, elle paraît un récit épique. De près, elle se révèle une farce.

Mémoires d’outre Par Pierre Mondot
Le Matricule des Anges n°192 , avril 2018.
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