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mai 2018 | Le Matricule des Anges n°193 | par Dominique Aussenac

Tels des poèmes en prose, les écrits sur l’art de Giorgio Manganelli (1922-1990) déconstruisent les manières de voir. Avec fulgurance et élégance.

Véritable cabinet de curiosités, Salons décline en trente-cinq vertigineux textes autant de miniatures, bas-reliefs, ruines brumeuses, architectures hautaines, objets, icônes, tableaux battus par tous les vents que l’on croirait créés de toutes pièces par un cerveau incroyablement bouillonnant. Un peu à la manière de celui d’Italo Calvino lorsqu’il conçut Les Villes invisibles. « Rappelons à cet égard qu’Italo Calvino aimait à dire que Giorgio Manganelli était un écrivain ne ressemblant à aucun autre dans l’histoire de la littérature », précise dans la note en postface Philippe Di Meo, traducteur de l’ouvrage. Manganelli fut un compagnon de route, un brin distant, du Groupe 63, qui vit toute une génération d’intellectuels, mâtinés de communisme et de structuralisme, réclamer une absolue liberté de création, s’opposant ainsi aux formes du roman néoréaliste et de la poésie traditionnelle. Parmi eux, de jeunes et brillants écrivains comme Umberto Eco et Edoardo Sanguineti. En 1964, Giorgio Manganelli fit sensation avec Hilarotragoedia, récit-essai supprimant intrigue, personnages et même chapitres. Il publiera en 1967 La Littérature comme mensonge proclamant que le but de la littérature était de transformer la réalité en fausseté, scandale, mystification. Influencé par le roman gothique et le nonsense britannique, d’une immense culture, sarcastique, libertaire, Manganelli déstructure les formes et affirme que l’écriture doit tout remettre en cause, l’ordre, le monde…
En 1986, l’éditeur bibliophile Franco Maria Ricci lui propose d’écrire à partir d’images disparates. Tel un mage ou un cartomancien, ce dernier nous guide à distance à travers un prodigieux lacis de salles, galeries imaginaires qui ne sont en fait que des mises en abyme, des corrélations, références, intuitions, connexions neuronales… Le beau n’est pas toujours ce qui est référencé, formaté, labellisé. Les textes n’excèdent jamais ici plus de quatre pages. La géométrie de l’exorcisme évoque la vision du Parthénon « cette balafre rectiligne dans la rondeur de l’espace » après un voyage en Afrique. Il fait l’éloge de la difformité des statuettes, masques, va plus loin vers le magique, le sacré, au-delà même de l’acte de création. « Tout geste ou chose doit rendre propice ou conjurer, défendre ou consacrer. Admirablement, le geste s’arrête dans la matière statuaire : le creusement, l’entaille, la balafre font partie de la figure : toute image est cicatrice et amulette. » Le sublime désolé évoque l’immense champ de ruines, principalement grecques de Paestum en Italie du Sud, découvert au XVIIIe siècle, le siècle du sublime, « cette épiphanie intérieure qui incluait les nuances infinies du goût et de l’intelligence : l’amour de l’antique, du rare, le précieux… » Il démontre comment ces ruines ont pu influencer l’architecture européenne pendant tout un siècle et convoque Piranèse le peintre qui en tira une « intense, émouvante picturalité  », pour en faire des lieux de tempête, de sublime désolation, le siège d’un romantisme. Dans L’âme électrique, Manganelli élabore une critique très fine du fascisme à travers le prodigieux dynamisme qu’exaltait le futurisme. « Absurde : les futuristes étaient conscients, peut-être de façon désordonnée – eh oui, ils étaient également désordonnés, ne l’oublions pas –, qu’il fallait absolument insuffler une absurdité intense dans tout ce qu’on écrivait, peignait, projetait. Les choses devaient bouger, les tableaux devaient marcher… » Une écriture aussi somptueuse qu’impétueuse, une écriture qui torée, toute en « furia francese  ».

Dominique Aussenac

Salons, de Giorgio Manganelli
Traduit de l’italien par Philippe Di Meo,
L’Atelier contemporain, 160 pages, 20

Trésor public Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°193 , mai 2018.
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