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Poésie Épopée épique

juin 2018 | Le Matricule des Anges n°194 | par Christine Plantec

Avec Le Cours des choses, Pierre Vinclair poursuit l’exploration du présent en confrontant une Chine mondialisée à ses propres gouffres intérieurs.

Le Cours des choses

Ce qui est vivant, dans mon travail, c’est ce qui n’en finit pas – c’est très banal ce que je dis là. Les gens n’écrivent pas des livres, ils cherchent quelque chose. » C’est ainsi qu’interviewé par Matthieu Gosztola, Pierre Vinclair définissait son travail en 2012 et il aurait pu ajouter qu’au cœur de cette esthétique du work in progress se posait aussi la question des genres dont les frontières sont, chez lui, systématiquement chahutées.
Ce nouvel opus poursuit la quête d’un équilibre toujours fragile entre chant et narration. Le Cours des choses, à rebours de la création poétique actuelle, est une épopée de l’ultra-contemporain où le poète expatrié plonge dans une Chine émergente, dynamique, tourbillonnante ; celle de la mégapole de Shanghai, de son quartier des affaires de Pudong et sa tour de 600 m de haut, son fleuve, ses grues, son béton, ses jardins. Son exotisme, aussi, qui naît d’un télescopage inédit de strates historiques, sociales, linguistiques, culturelles en une efflorescence urbaine : « j’ai traversé la ville – au grand jour mais/la neige fondait/de février posée/sur les crevasses historiques chauffées par les exhalaisons de l’hydre/rapides rances/du métro aux cent bouches/de l’ouest à l’est une ville tendue/dans l’immédiatement/qui tient en un wagon tous les dialectes ba/bils de la Chine/belles tenues/et grands-mères ember/lificotées pliées/dans leurs smartphones/ensemble ».
Ce dehors tumultueux, stimulant, hypnotique alterne avec des moments plus intimes d’une famille française en Chine : on y découvre au chapitre IV le poète avec femme et enfants, le fil de leurs discussions, de leurs questionnements, de leurs réactions dans une atmosphère douce et légère. Et l’ultime chapitre en forme d’élégie : « T’ai-je déjà parlé – de ce carré – gouffre – mon cœur/il y a des funérailles dans mes sinus/les pleureuses y font les cent pas/gloussant – poussant – toussant – jusqu’à la si/gni fication/(une fiction)/ ce vide – n’est-ce pas/cette simple guerre l’a produit -/et maintenant la ville est une page blanche où moi/noir – point au centre – bave/et à la fin – shanghai shanghai shanghai ». Soit deux espaces et deux temporalités différentes, deux contrepoints nécessaires à l’économie générale de l’ouvrage.
Bien qu’on se laisse prendre par l’énergie du poème, son charme, sa musique syncopée, la langue de Pierre Vinclair ne se donne pas d’emblée. La disposition typographique du poème, faite de vers libres ajourés de blancs, semble rechercher autant la figuration de la langue idéogrammatique dans laquelle l’auteur est immergé que celle d’un rythme visuel générant des variations de vitesse, de densité ou d’intensité. Le poète use avec bonheur du pastiche (« L’Étranger » et « A une passante » de Baudelaire), de la citation (Dewey) et des références littéraires (Ovide et Dante pour ne citer qu’eux) sans jamais lester le poème. Autant de caractéristiques qui requièrent l’endurance du lecteur mais contribuent à son enchantement car on est littéralement transporté par ce flux ininterrompu de choses vues, de perceptions, de sensations qui apparaissent et reviennent, qui réapparaissent d’un livre à l’autre puisque la dernière partie des Gestes impossibles (Flammarion, 2013) constitue le début du présent ouvrage : « Demain/encore se lève ? » Un poème comme une aube, entre répétition et différence. Et pour Pierre Vinclair le coureur à pied, un poème comme un footing autour d’un stade : « Un effet d’évidement de l’environnement dans lequel on passe et repasse, comme si le corps courant, à force de tourner sur lui-même, passait les unes après les autres sous des strates de paysage, s’abstrayant de ses propriétés sensibles à force de le voir et revoir. (…) Dans cet espace abstrait, presque fictif, des sortes de phrases, des bribes d’histoires assourdies dans des rythmes lourds, se mettent à sortir de bouches invisibles  ».
Un poème comme quelque chose qui pourrait ne jamais finir.

Christine Plantec

Le Cours des choses, de Pierre Vinclair
Flammarion, 210 pages, 18

Épopée épique Par Christine Plantec
Le Matricule des Anges n°194 , juin 2018.
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