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Domaine français Résistant de la liberté

octobre 2018 | Le Matricule des Anges n°197 | par Thierry Guinhut

Dans une glaciale dystopie, Boualem Sansal dresse un tableau allégorique de l’attente et de la soumission à une tyrannie.

Le Train d’Erlingen ou métamorphose de Dieu

La richissime Ute Von Ebert écrit en Allemagne, à Erlingen, quand sa fille Hannah, est à Londres. Sans réponse à ses lettres, elle ajoute des « notes de lecture » pour un roman en cours, aux fragments dissimulés dans « notre cachette », dont un mémoire sans concession sur la « saga des Von Ebert ». À Erlingen, l’on dit que « la désintégration est planétaire », que guerre et épidémie rôdent avec « l’envahisseur sans nom », et l’on attend un train d’évacuation bondé qui ne viendra jamais. Nombre d’édiles de la ville préfèrent payer « le tribut d’allégeance » à ceux que l’on ne veut nommer, qui exigent « la SOUMISSION ou la mort », ou fuir en abandonnant leurs concitoyens, plutôt que le combat, « la reconquista » face aux « Serviteurs universels ». À moins qu’Ute ranime le feu de la liberté en manipulant « le gang de la Rosa and Co »…
L’apologue est limpide. Entre le « train d’Erlingen », inséparable d’une arrière-pensée associée au nazisme, et la tyrannie religieuse en marche, inséparable de l’avancée de l’islam, sans le réduire à cette seule interprétation, Boualem Sansal sculpte une forme allégorique impressionnante, qui révèle notre passé, présent et futur. En ce sens, ce roman, dont le vortex se partage entre le leitmotiv des migrations et les tyrannies obsédantes, se situe à la croisée de ses précédents livres, sans les répéter, mais aussi des lettres intimes et du brouillon de ce qui devient, sous la main de la narratrice, un recueil d’aphorismes : « les pacifistes sont les ennemis de la paix  », ou encore : « Nous en sommes à la fin de l’Histoire, notre Histoire, et nous allons, pour solde de tout compte, la terminer par notre propre génocide ». Tout cet héritage doit être trié par Léa, narratrice de la deuxième partie, qui est un roman-miroir de la première. Car sa mère, professeure, victime d’un attentat islamiste, devient une autre : Ute ! Cette métamorphose s’ajoute à celle de Dieu, « dont la mission est précisément de soumettre le monde ».
Même si le noyau de la pensée de Boualem Sansal est peu ou prou toujours le même, il métamorphose la forme. Après le « journal » entrecroisé des « Frères Schiller », au nom si européen dans Le Village de l’Allemand, puis un roman dystopique situé dans la société mythique de 2084, c’est ici un roman épistolaire, puis un méta-roman, voire un essai de géopolitique.
L’écriture est entraînante, riche, urgente. Le pathétique et la peur sont orchestrés avec sûreté, sans cet excès d’effet qui serait du pathos, de l’emphase. Contrastée et colorée, elle est veinée d’allusions culturelles, historiques et littéraires, dans le cadre d’une judicieuse intertextualité : l’angoisse de La Métamorphose de Kafka, l’attente du Désert des Tartares de Buzzati, La Désobéissance civile de Thoreau, voire l’analyse du totalitarisme par Hannah Arendt au travers du prénom de la jeune correspondante…
Le roman déplaira, si nous trouvons intolérable l’amalgame entre nazisme et islam (comme dans Le Village de l’Allemand qui rapprochait la Shoah des massacres du Groupe islamiste armé en Algérie), si nous craignons d’agiter le spectre des peurs xénophobes ; ou il frappera par sa perspicacité visionnaire. Alors l’on saura le lire comme un avertisseur, mais aussi une satire politique de nos gouvernements, séduits par «  irénisme », lâches, compromis ou aveugles : « J’espère de tout cœur que le monde encore indemne va réagir et commencer par réfléchir ». Une fois de plus, loin des nombrilismes fatigués de trop de romanciers hexagonaux atones, Boualem Sansal, Algérien né en 1949, signe une œuvre forte et courageuse.
Thierry Guinhut

Le Train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, de Boualem Sansal 
Gallimard, 256 pages, 20

Résistant de la liberté Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°197 , octobre 2018.
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