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Domaine étranger Frontière légendaire

janvier 2019 | Le Matricule des Anges n°199 | par Thierry Guinhut

Entre quête paléontologique et aventure intérieure d’une enfant, Carys Davies signe un roman historique attachant.

La découverte du continent américain ne se limite pas à une histoire de cow-boys et d’Indiens, où le Far-West voit s’affronter le mal sauvage et le bien colonisateur, en un manichéisme suranné. Carys Davies renouvelle largement le genre avec ce modeste roman, qui cependant a le mérite d’ouvrir plusieurs pistes de lecture.
Plutôt qu’une conquête, guerrière et territoriale, John Cyrus Bellman, « à la chevelure d’un roux éclatant », mène une « quête exubérante ». Elle n’a de sens que pour lui, au point que le veuf laisse sa fille aux mains de sa sœur Julie, totalement dépourvue d’imagination. Une coupure de journal rendant compte de la découverte d’ossements géants l’a électrisé. Il entreprend alors d’aller à la recherche de cet « animal incognitum », qu’il suppose peuplant encore l’Ouest lointain et sauvage. S’il part seul, il y a quelque chose d’épique dans cette patiente chevauchée, dans les grands espaces des plaines, dans les forêts de la vallée du Missouri, à la lisière des montagnes Rocheuses, parmi des saisons généreuses, des hivers implacables. On devine là l’écho des écrivains du wilderness, par exemple John Muir, dont les Célébrations de la nature déroulent un éloge attentif des paysages grandioses des États-Unis.
Plus tard, l’explorateur s’adjoint un éclaireur, un jeune Indien nommé « Vieille Femme de Loin  », qui convoite ses colifichets, ses armes. Ce dernier garde le souvenir traumatisant du voyage de sa tribu, spoliée de ses terres fertiles par les colons blancs, par le gouvernement, vers un Ouest moins généreux. Si Bellman n’atteint jamais son but, il est tout de même un pionnier symbolique de la paléontologie, alors que son guide a « toujours entendu des histoires de gigantesques créatures mangeuses d’hommes » qui font partie de la mythologie indienne. D’autres découvriront les gigantesques fossiles fantasmés.
Au voyage réel du père, s’ajoute le voyage mental de sa fille : du haut de ses 10 ans, Bess parvient non sans risque à entrer dans la bibliothèque locale pour imaginer sur les atlas le tracé parcouru. Pendant ces quelques années, elle découvre le monde des adultes, parfois bien plus monstrueux que les fossiles. De plus, l’Indien fait un voyage en miroir pour emporter en Pennsylvanie le legs dévolu à Bess. La disparition tragique du héros entraîne une transmission : recevant ses liasses de lettres et ses notes de voyage, elle devient la nouvelle héroïne, sauvée à l’occasion d’un dénouement surprenant, providentiel, gardant en son for intérieur l’image paternelle, celle d’un héros magique et protecteur, d’un aventurier «  romantique ».
Construit tout en antithèses et en reflets, écrit avec une séduisante simplicité, ce premier roman aux personnages attachants se propose d’associer exploration géographique et maturation intérieure. Le narrateur omniscient nous permet d’entrer parmi la conscience de chaque personnage, jusqu’à connaître le sort réservé à un paquet de lettres noyées…
Au-delà de l’aventure, deux plaidoyers se répondent : celui des Indiens natifs chassés et décimés par les nouveaux Américains et celui de la condition féminine, vulnérable devant les viols éhontés de ces Messieurs. Il y a quelque chose de l’apologue en ce récit plus complexe et riche qu’il n’y paraît au premier abord.
Pourquoi cette propension, qui devient une manie ridicule, à ne pas traduire le titre anglais ? Vers l’Ouest n’eut-il pas été parlant ? En ce roman historique, situé lors des années 1815, Carys Davies emprunte une voie qui n’est pas loin de celle de Tracy Chevalier, dont La Dernière Fugitive nous transporte parmi les temps de l’esclavage américain.

Thierry Guinhut

West, de Carys Davies
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par David Fauquemberg
Seuil, 192 p., 19

Frontière légendaire Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°199 , janvier 2019.
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