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Histoire littéraire Exercices d’admiration

janvier 2019 | Le Matricule des Anges n°199 | par Richard Blin

Un viatique, signé François Kasbi, pour remédier à la déroute de la visite en librairie. Et une gourmandise pour tous les amoureux de littérature.

Bréviaire capricieux de littérature contemporaine

1998-2018: Pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés
Editions Paris

Sans la littérature, des pans entiers de l’histoire humaine nous demeureraient inconnus. La littérature, c’est d’abord des livres, mais pas ceux, toujours plus nombreux, qui la neutralisent, la démonétisent ou la dénaturent. François Kasbi, lecteur boulimique et critique littéraire – Les Inrocks, La NRF, La Quinzaine littéraire, Le Figaro littéraire, L’Arche… – en guetteur et passeur qu’il est, nous offre aujourd’hui un livre peu académique, qui la célèbre. C’est une sorte de cartographie des paysages littéraires qu’il arpente, au fil des parutions, depuis vingt ans (1998-2018), une somme qu’il qualifie malicieusement de Bréviaire – allusion au côté pratique de ce type d’ouvrage censé contenir un enseignement indispensable. Un livre construit, prémédité, longuement mûri : « Vingt ans de concile singulier. » Chaque entrée – plus de 600 écrivains ou livres évoqués – contribue à faire de ce Bréviaire une contribution à une histoire vivante de la littérature. Fruit des goûts et des caprices assumés de son auteur, cet inventaire du « plaisir en littérature » tient essentiellement de ce que Balzac appelait « le génie de l’admiration et de la compréhension ». À l’opposé de la complaisance et de l’effet, François Kasbi sait donner à ses analyses une présence et une vérité qui irriguent son texte, font de son livre une sorte d’espace habitable où le lecteur se sent libre d’errer ou d’aller de tentation en tentation tant s’y multiplient les envies.
Au fil des quatre parties qui le composent – Littérature française ; Littérature étrangère ; Essais ; Notes et pistes de lecture – le lecteur croisera des oubliés, comme Guy Dupré, « un des écrivains les plus éminemment “écrivain” que l’on puisse lire », Georges Hyvernaud, C.F. Ramuz, Henri Bosco, Armand Robin, Roger Laporte, Ernest Renan, Robert Margerit…, mais aussi Barbey d’Aurevilly ou Stendhal – « un auteur qui requiert la participation du lecteur » – des sœurs en incandescence – Sylvia Plath, Cristina Campo, Elfriede Jelinek, Ingeborg Bachmann – des premiers romans : « On devrait établir une Bibliothèque des premiers romans. Ce serait passionnant – et éloquent aussi. » Ignorant l’oukase, préférant élire plutôt qu’éliminer, Kasbi a l’art de cerner ce qu’a de spécifique une œuvre ou un auteur : le réalisme poétique d’André Beucler, le plaisir de la langue chez Michel Chaillou, la liberté, la limpidité de la phrase de Pierre Bourgeade, l’inimitable musique du cœur chez Marceline Desbordes-Valmore, la façon dont Claude Simon rend compte du « luxuriant, anarchique et impétueux désordre de la vie », le romantisme de Michel Déon. « Entre 15 et 25 ans, on devrait avoir lu tout Déon. On serait alors pourvu – en matière d’élégance, de légèreté, d’altitude, d’exigence – de goût aussi. » Pratiquant l’art des rapprochements ou des confluences, il évoque certains auteurs là où on ne les attend pas. Traitant de Roger Grenier, il évoque Pascal Pia et Louis Guilloux, chez Michel Bulteau c’est Roberto Bolaño qui apparaît, comme apparaît Flannery O’Connor chez Pierre Guyotat, Drieu La Rochelle chez F.S. Fitzgerald ou Georges Hyvernaud chez Norman Mailer. S’il dit préférer les irréguliers aux « grandeurs d’établissement », et ne goûter guère le « politiquement correct », « chantre du Bien banal, qui, plutôt que dire les choses, s’y entend à les (faire) taire », il avoue avoir un faible pour les œuvres qui se méritent plus qu’elles ne s’offrent. Savourant l’intelligence « qui ne conclut pas et “ouvre” », il reconnaît aussi que deux phrases lues qui consonnent avec nos préoccupations peuvent justifier une lecture. « C’est même peut-être suffisant, sinon nécessaire. Cela permet de créer la dynamique indispensable entre la vie et la lecture. Sinon à quoi bon lire ? Lire doit aider à vivre. »
Invitation à la découverte comme à la relecture, ce Bréviaire est aussi une épatante source de citations. Du charme, selon Albert Camus – « une manière de s’entendre répondre oui sans avoir posé aucune question claire » – à la haine, « dimension bourgeoise de la rage » (Dominique de Roux) en passant par Annie Dillard, pour qui « rien ne restaure plus la sensation d’être vivant que le surgissement de l’inattendu », par Jim Harrison qui disait écrire « pour créer de nouvelles femmes à aimer », ou encore Flaubert qui savait que « pour qu’une chose devienne intéressante, il suffit de la regarder assez longtemps », tout n’est souvent que plaisir de lecture dans ce « capricieux » Bréviaire que fait rayonner le lumineux savoir-lire de François Kasbi.

Richard Blin

Bréviaire capricieux de littérature contemporaine
pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés,
de François Kasbi
Les Éditions de Paris - Max Chaleil, 600 pages, 22

Exercices d’admiration Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°199 , janvier 2019.
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