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Poésie Trembler d’écrire

janvier 2019 | Le Matricule des Anges n°199 | par Emmanuelle Rodrigues

Le nouveau livre d’Isabelle Garron nous invite au cœur de sa recherche poétique, à même le réel où elle puise sa matière.

Membre de la rédaction d’Action poétique de 2004 à 2012, Isabelle Garron est à la fois traductrice, notamment de l’Américaine Leslie Scalapino, et critique. Elle a aussi œuvré à la préface des œuvres complètes d’Anne-Marie Albiach, Cinq le chœur, tandis qu’avec Yves di Manno elle a conçu l’anthologie publiée en 2017, Un nouveau monde, poésies en France 1960-2010. Après Face devant contre, Qu’il faille et Corps fut, Bras vif aborde de nombreux questionnements au sujet de l’écriture, et de ses enjeux. Ainsi, de quelle manière traduire le désir, pour ne pas dire l’attente, proche peut-être d’un tremblement quand il s’agit, par exemple, de commencer et que justement « le poème ne vient pas comme ça » ? Pourtant, c’est bien là une nécessité, et plus encore « une forme de dépassement », et sans cesse, « Vous oubliez cette chose impérieuse/ en lisant les journaux/ en prenant le monde comme postulat./ Et puis cela se présente à nouveau. »
Bras vif s’ordonne ainsi à partir du travail de l’auteure sans cesse présent, et en appelle à celui de bien d’autres, qu’il s’agisse de Marina Tsvetaieva, de Rilke, de Max Jacob, de Reznikoff, ou encore d’Anne-Marie Albiach… La transfiguration des jours, des heures, du temps qui passe, mais aussi des paysages, de la nature et de ses éléments, le vent, l’océan, donnent lieu à un ensemble de textes qui tentent tout à la fois de saisir le mouvement de l’écriture, ici et maintenant, et de s’en distancer. Isabelle Garron se réfère à nombre de formes de créations artistiques, mais aussi bien aux faits et gestes les plus quotidiens, étoffant ainsi la trame de sa propre mémoire sensible. Ce qui se trouve à l’œuvre, c’est bien la part parfois hasardeuse de réalité qu’il faudra saisir, cerner et délimiter.
Plus encore, la tension entre réel et écriture reviendrait à une sorte de « dévoilement obscène » au fondement même du poème. L’enjeu consiste bien là à déjouer « l’obscène récitation des possibles ». Évoquant le travail de la cinéaste Anne-Marie Miéville, il est alors question d’en déceler « ce jeu de mémoire enfermée une scansion sourde va et bat, continue de battre, continue d’aller ». Et quelques pages plus loin : « Il faut bien comprendre./ Comprendre qu’une partie du poème qui s’écrira va ainsi. Allant il vient aux prises avec des images comme ça parties de là de “on ne sait où” de situations déterminantes au fond il y en a beaucoup. »
Écrire le réel, telle est la gageure de cette poétique qui veut tout à la fois s’en approcher au plus près et s’en éloigner. Incontournable processus de reconstitution, l’écriture est avant tout une recherche qui aboutit, ou bien échoue. Il y faut aussi la marque du temps. Vertigineuse mise en abyme, la parole de Marina Tsvetaieva adressée à Rilke, trouve ici son sens : « je sais ce qu’est le temps et donc ce qu’est un poème. » Il en va ainsi de ces fragments ici rapportés comme des éclats de réalité, celle-là même d’un ébranlement que serait le fait même de vivre, de se mouvoir et de s’émouvoir. Ainsi peut-on lire : « Qui a sédimenté un travail pratique incessant, / par-delà les flous de conscience et/ ceux laiteux de la mémoire. Ainsi le livre travaille./ Le sentiment travaille. La vie travaille./ Le chemin parcouru travaille, – et bien sûr/ toutes ces heures à tenter de retirer/ du jeu la baguette de bois sans faire/ s’écrouler l’édifice entier./ J’aimerais beaucoup. » Geste d’accueil et d’ouverture poursuit une quête de l’anonyme, de l’anecdote, et de toute forme de vie. La saisie sensible devient à son tour présence d’une tension. Il y a là le courage et la force d’une façon de dire, qui s’affirme par l’éclat du fragment. L’incroyable énergie de cette langue se fraie sa propre voie, donne à voir et à sentir la densité manifeste d’une écriture épurée. La lecture de Bras vif convie celui ou celle qui s’y aventure, à l’exploration de ces méandres poétiques : d’un bord à l’autre, les échos de ce chant qui s’entend de loin en loin, nous deviennent plus proches encore.

Emmanuelle Rodrigues

Bras vif, d’Isabelle Garron
Flammarion 240 pages, 18

Trembler d’écrire Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°199 , janvier 2019.
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