La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Histoire littéraire Il ne suffit pas de lire de Karl Kraus

avril 2019 | Le Matricule des Anges n°202 | par Éric Dussert

Il ne suffit pas de lire

Karl Kraus est le fils d’une haute civilisation qui a forgé sa pensée dans la fréquentation des hommes de presse, de la bière et des pâtisseries à la crème et de la fumée de pipes et de cigarettes conjuguées. Bref, il est un pur produit de la brasserie viennoise qui a généré autant que sa sœur parisienne autant de clartés foudroyantes qu’il est possible. Qu’on songe à Scholl et à ses pairs. C’est d’ailleurs ce qu’aimait Karl Kraus (1874-1936), polémiste professionnel, professeur de lucidité, apôtre piquant du constat qui d’ordinaire se cache, révélateur des troubles, toutes qualités qui lui font comme l’identité d’un ange déchu. De fait, ce perspicace piquant, dont Alfred Eibel nous offre un bouquet d’aphorismes triés sur le volet, est aussi un brutal qui use de la puissance du malaise pour briser les limites ouatées de nos conforts. Car Kraus ne rechigna pas, pour prix de son esprit brillant, à revêtir les hardes de la misanthropie, de la misogynie et même de l’antisémitisme. Condamné à faire de l’esprit et à redresser des torts, il est probable, comme le suggère Eibel, que Kraus ne devait guère s’aimer non plus…
« C’est beau de mourir pour une idée. S’il s’agissait au moins d’une idée qui fait vivre et pour laquelle on est prêt à mourir. »
Ce que relèvent encore Eibel et Jacques Le Rider, l’auteur de Karl Kraus, phare et brûlot de la modernité viennoise (Seuil, 2018), c’est à quel point il eut dans sa revue Die Fackel (Le Flambeau) la dent dure contre les compromissions, les hypocrisies et contre la prose journalistique qui conduisait (déjà) aux mots vides de sens, au bourrage de crâne et à l’idéologie sans frein : il était le grand contempteur, il est aussi l’un des plus grands auteurs européens du siècle dernier, et l’un de ceux qui attendent toujours en France une édition systématique. Bien sûr, il brutalise son lecteur un peu plus que Stefan Zweig. Mais n’est-ce pas justement très bon signe ?

Éric Dussert

Traduit de l’allemand (Autriche)
par Alfred Eibel, Klincksieck, 76 p., 17

Il ne suffit pas de lire de Karl Kraus Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°202 , avril 2019.
LMDA papier n°202
6.50 €
LMDA PDF n°202
4.00 €