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Domaine français Fille de chœur

mai 2019 | Le Matricule des Anges n°203 | par Chloé Brendlé

Pour son premier roman, Comme la chienne, Louise Chennevière emprunte un titre à Sade et ventriloque des voix de femmes potentielles.

L’idée est belle. On ne naît pas femme mais on est traversée par des voix de femmes, familiales, fictives, mythologiques ou judiciaires, qui nous sculptent et nous disloquent. Le premier roman de Louise Chennevière naît d’un parti pris énonciatif. Ni tout à fait je, ni tout à fait nous, mais tour à tour tu, je, elles, la narration explose en une multiplicité de voix, donnant corps à une constellation féminine. « Tu veux te tenir simplement à la croisée des routes, comme la vieille enchanteresse, être celle des chemins, battue par la pluie, soufflée par les vents, frappée par l’orage, sans domicile fixe, à l’écoute de toutes les voix du monde. » expose l’auteure à l’orée du livre. Comme la chienne se présente comme une juxtaposition de voix plus ou moins écorchées, une superposition de scènes parfois magnifiques, de chambre, de plage, de bus, de café, où se frictionnent le présent et le souvenir de ce qui n’a pas, aurait pu, être vécu. Collection alternée de rêveries et de passages à l’acte. On peut entendre dans ce chœur les échos des essaims de guérillères de Monique Wittig, de la « femme rompue » de Simone de Beauvoir, de la passante aux aguets dans la Vie extérieure d’Annie Ernaux, des égarées de Marguerite Duras. On pourrait reprocher méchamment la galerie de freaks, le côté livre à sketchs livrant les vies de l’anorexique, la prostituée, la lesbienne, la victime, la retraitée…
Mais cette narration étoilée donne forme à la rage venue de loin ; en tressant des monologues de femmes, Louise Chennevière naît comme romancière. « Tu te tais. Depuis trop longtemps tu te tais. Dans la cohue des villes, dans le bruissement des siècles, dans ta petite chambre, tu te tiens en silence. Alors que tu voudrais simplement : avoir le courage de dire les choses, telles. Mais tu es lâche, il y a cette distance entre ce que tu aurais voulu dire et ce que tu vis. Engluée dans ton existence, prisonnière de ton corps, toi qui aurais tellement voulu être un héros et, dire les grandeurs du monde. » Se rêver Rimbaud ou Hugo et être traitée comme une chienne qui se dévoue, comme une chienne qu’on abandonne, comme une chienne qui aime ça. On dira elle exagère. Alors : on ouvre n’importe quel journal. On trouve dans une boîte à livres des Conseils à l’usage des jeunes mariées. On feuillette les nouveaux programmes du lycée nouveau : Mesdames de Yourcenar et de Lafayette se tiennent la main, entonnant en silence un chant de bonne conscience.
Prenons langue avec Chennevière. Une langue lyrique, hachée, urgente. En témoignent dans la citation précédente les deux points séparant le verbe (voudrais) de son complément (avoir le courage). Elle souffre d’un tic, un insupportable « qu’ » à la place de « qui » (« elle qu’était née du côté des ratés »). Elle dit les choses d’un souffle, on la lit d’une traite. Les monologues ne sont pas toujours assez sculptés, mais une chose est sûre ; une auteure est en train de donner de la voix et nous saisit.

Chloé Brendlé

Comme la chienne,
de Louise Chennevière
P.O.L, 250 pages, 18,90

Fille de chœur Par Chloé Brendlé
Le Matricule des Anges n°203 , mai 2019.
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