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Domaine français Tout contre l’image

mai 2019 | Le Matricule des Anges n°203 | par Thierry Cecille

Suzanne et Louise

 La pudeur ou l’impudeur  : tel était le titre de l’unique film d’Hervé Guibert, documentant avec une sincérité cruelle les derniers mois qui allaient le mener à la mort – due au sida. Sans doute l’alternative ainsi formulée fut-elle, d’entrée de jeu, au cœur de sa création, littéraire et photographique. Comment composer avec la réalité la plus intime, comment la découper, la cadrer, la monter, quelles limites apporter à l’exposition de soi et des proches ? Du puissant Mes parents aux derniers livres qui, malheureusement, le mirent sur le devant de la scène comme une sorte de victime propitiatoire du fléau, il essaya différentes voies pour mener à bien cette exploration. Quelle impudeur ! s’écrierait donc peut-être dans un premier temps le lecteur de Suzanne et Louise, œuvre publiée en 1980 et aujourd’hui rééditée en un très beau volume, accompagnée d’un (mince) dossier complémentaire. Comment peut-on oser demander ceci à deux vieilles femmes : feindre d’être son propre cadavre en un « simulacre » funèbre, porter une muselière de cuir noir, dénouer devant l’objectif d’immenses cheveux blancs qui furent jusque-là soigneusement retenus ? Guibert photographie ses deux grands-tantes en de telles mises en scène et, en regard, dispose, comme issues de cahiers d’écolier, des pages où, de son élégante écriture manuscrite, il explique ce qui les unit et permet cette entreprise commune, ce « roman-photo » bouleversant.
Il s’agit bien en effet, en usant d’une pudeur comme seconde, paradoxale, de dire la complicité par-delà la différence d’âge, l’humour de l’une, la sauvagerie de l’autre, leur quotidien et leurs manies étranges, leurs souvenirs en ruines, mais surtout l’affection non dénuée de violence entre ces sortes de sorcières solitaires et cette sorte d’ange diabolique qu’est leur neveu. Quant aux images, Guibert interroge : « Ce qui se passe au moment de la photo, sur le visage de Louise, n’est-ce pas en vérité la transfiguration ? » Hervé Guibert meurt en 1991, à l’âge de 36 ans, Suzanne meurt à 95 ans, quelques mois plus tard, et Louise leur survit quelques années.

Thierry Cecille

Suzanne et Louise, d’Hervé Guibert,
Gallimard l’Arbalète, 104 pages, 20

Tout contre l’image Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°203 , mai 2019.
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