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Domaine étranger Ombres et lumières de Gamboa

mai 2019 | Le Matricule des Anges n°203 | par Lionel Destremau

Sous couvert d’un polar rythmé, le romancier colombien livre la chronique de son pays aux prises avec une nouvelle guerre intérieure.

Santiago Gamboa nous a habitués à mêler les registres littéraires, presque toujours avec une trame de roman noir, mais qui débordait largement ce cadre pour évoquer l’exil et les désordres du monde, de Jérusalem à l’Europe jusqu’à l’Inde, autant que l’histoire de son pays, la Colombie, notamment dans Retourner dans la vallée obscure ou Nécropolis 1209. Avec Des hommes en noir, on retrouve une veine sans doute plus proche de son premier roman, Perdre est une question de méthode, qui mettait en scène un duo constitué d’un policier gargantuesque et d’un journaliste pétri d’hémorroïdes et en sempiternel mal d’amour. D’abord parce que le ton de Gamboa se fait tout aussi ironique et parfois décalé au fil d’une enquête qui se révèle complexe et cruelle ; ensuite parce que la Colombie est cette fois au cœur du récit. Une Colombie qui se révèle d’une beauté saisissante, magnifiée dans les descriptions de paysages naturels, de montagne et de jungle, de petits villages perdus dans des forêts tropicales, de végétation luxuriante, d’odeurs, de couleurs et de goûts alternant à chaque page, autant que scrutée à la loupe dans son contexte historique et politique actuel : « ce putain de pays où j’ai eu le malheur de naître est une cour d’exécution, une salle de torture, une presse mécanique à étriper. »
Après la sauvagerie des cartels de la drogue, après la guérilla sanguinaire des FARC, le pays semble panser ses plaies, et de fait il a retrouvé une forme sociétale « normale », à savoir la violence commune des affaires courantes : meurtres, disparitions, extorsions, vols, voire fusillades… Et c’est ainsi que débute le roman, par un véritable acte de guerre dont est témoin un gamin : des véhicules blindés attaqués à coups de bazooka, des hommes fauchés sous les balles, des explosions en série, un hélicoptère mitraillant les assaillants, puis un nettoyage en règle ne laissant aucune trace des combats. Ce fait divers est le point de départ d’une enquête menée par une journaliste, Julieta, et son assistante Johana, une ancienne des FARC, accompagnées d’un procureur de Bogota, et auxquels vont s’adjoindre une multitude de personnages secondaires aussi typés que pittoresques.
Qui étaient les assaillants et que cherchaient-ils en attaquant ce convoi ? Qui était l’homme en noir mystérieux ayant survécu à l’attaque et pourquoi constituait-il une cible ayant mis en branle de tels moyens contre lui ? Pourquoi une telle attaque dans un coin reculé de la cordillère des Andes où vivent les Indiens Paez et Nasa ? Ni cadavres, ni preuves ne subsistent à l’exception du témoignage de l’enfant indien qui a assisté à la scène. En se rendant sur place, Julieta et Johana vont tirer le fil d’une pelote surprenante à plus d’un titre, celle d’un nouveau cancer s’installant au cœur de la Colombie, et dont les ramifications poussent jusqu’au Brésil et en Guyane : des églises évangéliques à la tête desquelles se trouvent de puissants pasteurs, fonctionnant à la manière de sectes sous la férule de gourous inquiétants, prêts à tout pour étendre leur territoire. Usant des Métis, des Indiens, des Noirs, des paysans pauvres comme main-d’œuvre à leur véritable guerre des gangs, ils sont par ailleurs bien introduits auprès des riches propriétaires terriens et des politiques locaux.
Comme souvent avec Gamboa, si l’intrigue policière suit un schéma assez classique de quête de la vérité conduisant à de nouvelles révélations qui font rebondir l’intrigue, le lecteur se laisse mener au fil du roman par l’attachement pour les figures centrales et leurs caractères particuliers : le procureur d’origine indienne en solitaire renfermé, Julieta qui, à l’inverse, déteste « l’obsession nationale de la respectabilité », est portée sur la bouteille et les rencontres d’un soir, et Johana en porte-flingue, paramilitaire férue d’histoire. Un trio qui fonctionne à merveille et nous emporte dans l’action pour mieux nous dévoiler les arcanes d’une Colombie meurtrie mais fascinante.

Lionel Destremau

Des hommes en noir, de Santiago Gamboa
Traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry,
Métailié, 364 pages, 21

Ombres et lumières de Gamboa Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°203 , mai 2019.
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