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Domaine français Vivre ensemble

juin 2019 | Le Matricule des Anges n°204 | par Anthony Dufraisse

Un emménagement en banlieue comme source de renouveau existentiel, c’est ce que raconte Chantal Chawaf dans un texte très sensoriel.

Elle ressasse, rumine, fulmine. D’obsédants souvenirs, « des souvenirs compulsifs », la font constamment regarder en arrière. « Les démons de famille perforent, élancent, on grouille de douleurs au ventre, à la gorge, on a mal dans nos fibres, on a mal à toute notre vie », se désole la jeune femme que Chantal Chawaf met en scène dans un texte une nouvelle fois très sensoriel. Comme souvent chez cette écrivaine, dont le premier livre date de 1974 et le dernier (Ne quitte pas les vivants) remonte à 2015, l’intime et le collectif se croisent, explorant tour à tour le corps, le désir, le sens d’une vie avide ou à vif. Après une jeunesse quasi monastique dans une demeure familiale en déshérence qu’elle nomme « le manoir de la vie perdue », auprès de son tuteur d’oncle avec lequel elle entretient une relation toute d’ambiguïté, voilà la narratrice comme bannie, déracinée, en un mot, reléguée dans une « banlieue surpeuplée d’où je ne peux plus m’évader ». Le studio qu’elle habite dans « cette banlieue des banlieues, cette banlieue défavorisée, cette banlieue de parias » est signe d’un déclassement social et d’un éloignement sentimental avec cet « oncle abusif » qui officiait jusqu’alors comme une mère de substitution. Si le manoir était une matrice, une « poche nourricière », lieu d’une « symbiose consanguine » réelle ou fantasmée, le modeste appartement sera contre toute attente le terreau d’un renouveau existentiel. À travers ce portrait de femme esseulée, Chantal Chawaf s’intéresse, bien au-delà du seul mélodrame familial, aux thèmes de la sonorité et de la sororité. Une homophonie qui innerve le livre de bout en bout. La sonorité de la vie de quartier comme un bain d’ondes positives, le langage qui sourd du monde en mouvement, la graphomanie telle une thérapie : « Je transpose autant que possible dans mes cahiers et mes carnets la rue parlante, la rue orale, les tableaux des va-et-vient des locataires de l’immeuble de cinq étages, je n’ai pas d’autre ambition que de me rendre ma solitude moins inhumaine ».
Son « journal de survie » à l’appui, la narratrice reprend pied, et la réclusion dépressive fait place à l’éclosion émotionnelle. Si le bruit du monde est curatif, la rencontre avec Roumania, la voisine de palier, l’est tout autant. Après les bienfaits de la sonorité, ceux de la sororité presque fusionnelle : « Un peu mère, un peu fille, un peu sœur, c’est ce que l’amitié nous incite à être l’une pour l’autre ».
Dans ce livre, au fond, on regarde un être sortir d’une situation de relégation subie pour entrer dans un processus réparateur de délégation choisie, soit cet acte par lequel on s’en remet à une solidarité partagée. « Endeuillée des miens, je me suis trouvé une seconde famille : une famille sans frontières de classe, de langue, de religion. Mon identité neuve prend forme dans le moule de la marginalité des déshérités regroupés en ghetto, m’apparente peu à peu aux flux des réfugiés partis de leurs pays oublier le sous-développement, la sous-alimentation, la mortalité et la guerre. On vit ensemble. » Relégation, ou comment l’expérience intérieure se nourrit de l’extérieur jusqu’à une forme de sublimation.
Anthony Dufraisse

Relégation, de Chantal Chawaf
Des femmes Antoinette Fouque,
150 pages, 12

Vivre ensemble Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°204 , juin 2019.
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