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Poésie I’m my negro

juin 2019 | Le Matricule des Anges n°204 | par Emmanuel Laugier

Mes beaux habits aux clous (1927) fait enfin réentendre le tapping de la voix rageuse et ironique de Langsthon Hughes, l’un des chefs de file du mouvement Harlem Renaissance.

Mes beaux habits au clou

La poésie de Langsthon Hughes (1901-1967) ne s’est jamais cachée des influences que la musique noire et le blues purent avoir sur sa propre prosodie, swing ténu à quoi se mêlent autant un certain littéralisme que la vitesse des élisions du langage des rues. Composée pour les parties directement tournées vers le canevas de la structure blues (un vers répété, puis un troisième rimé avec les deux premiers, agencé musicalement sur douze mesures), on ne peut pourtant la réduire à ce pur déhanchement d’énergie et de voix railleuses à la raucité désespérée qu’on attache à la musique noire du sud américain. Certes elle en a la puissance, par les propos sans détours qui valurent à Hughes d’être traité de « poète du caniveau » par une certaine élite noire et par les classes blanches de la bourgeoisie. Mais son art fut néanmoins très tôt reconnu comme la pointe du renouveau poétique, comme Carl Sandburg, l’auteur des Chicago Poems (1916), le fut en introduisant la description de la vie des prolétaires et celle des émigrés dans le poème en une forme-chanson.
Langsthon Hughes théorisa plus encore cette voie d’un « écrire noir  » par un article qui fit date et que publia The Nation le 23 juin 1926. Titré « L’artiste noir et la montagne raciale », il y dégageait une critique féroce de l’assimilation, telle que la société blanche américaine la souhaitait, selon ses règles (ségrégationnistes et racistes, voire capitalistes). Mais il visait aussi, comme le rappelle Frédéric Sylvanise, son traducteur, la bourgeoisie noire toute de « singer la bourgeoisie blanche et donc de souhaiter l’uniformisation de la langue poétique », « idéal d’homogénéité qui suppose une bienséance linguistique, par-delà les différences raciales qu’elle cherche à gommer ». La revue Fire (réed. Ypsilon, 2017), fer de lance de la nouvelle littérature afro-américaine et de la Harlem Renaissance, ouvrira même son premier numéro par un « spiritual » de Hughes, lequel permettra un véritable frayage dans la « texture historique des discours noirs », avançant qu’il s’agira pour cette génération de « jeunes écrivains et artistes nègres » de « réduire en cendres (burn up) des quantités de vieilles idées conventionnelles » inscrites comme du chiendent dans un passé qui ne passe pas. Il fallut donc à toute cette communauté inventer un nouveau langage, et pour la poésie Langsthon fut son orfèvre, son roi sauvage. Aussi plastique et complexe que directe comme un uppercut, au ras du réel pour qu’on n’oublie pas de ne pas se raconter d’histoires, elle se déploie dans le monde des prolétaires, des exclus, des marginaux (« Cora », « Un gars qui travaille », « Sale bonne femme », « Une fille noire », etc.)
Cette communauté noire des exploités, dont il écrit la rudesse et la fierté par le rire sarcastique aussi bien que par cette mélancolie pudique, porte son chant vers un chant tacite à l’efficacité redoutable : « La disparition silencieuse de la vie / Dans un coin plein de laideur. // J’suis venu chercher des fleurs de magnolia / Mais j’les ai pas trouvées. / J’suis venu chercher des fleurs de magnolia au crépuscule / Et il n’y avait que ce coin / Plein de laideur  ». Cette énigmatique beauté sauvage croise ce descriptif sec digne de l’objectivisme : « Lumières chez les poissonniers, / Lumières dans les salles de billard. / Un wagon de marchandises qu’un train / Aura oublié / Au milieu du / Pâté de maisons./ (…) Un garçon qui / Flâne dans un coin. / Une fille qui passe / Avec une peau pourpre poudrée  ».
On pourra aussi penser au mouvement « voguing  » des années 80, danses urbaines noires, tout droit venu des « ballrooms  » des années 20, tant la langue de Langsthon Hughes œuvra à dire « l’ombre nue  » de l’amour « sur un arbre nu et déformé  » et la puissance sensuelle des corps et leur vitalisme. Car Langsthon ne fut en rien L’Ingénu de Harlem, comme on traduisit son roman dialogué, mais le vecteur d’un « shout dat song  » qui sera bouclier et fer de lance du chant noir, drag-queen et transgenre compris.
Emmanuel Laugier

Mes beaux habits aux clous, de Langston Hughes
Traduit de l’anglais (États-Unis) et postface de Frédéric
Sylvanise, Joca Seria, 156 pages, 13,50

I’m my negro Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°204 , juin 2019.
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