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Poésie La beauté crue de l’autre vie

juin 2019 | Le Matricule des Anges n°204 | par Richard Blin

En se laissant ravir par ce qui advient au cœur même du non-événement, Yves Leclair, le plus chinois de nos poètes, rend grâces à la nudité de la vie.

Miniaturiste de l’infini, calligraphe de ces riens qui subitement deviennent tout, Yves Leclair est un trouvère de l’ordinaire, un enlumineur d’instants où tout l’être du monde semble soudain se rassembler. Moments d’équilibre miraculeux, de coagulation de vie pure, précipité de transitoire et d’éternité, de dérision et d’essentiel où bat le pouls du temps et où s’éprouve un peu de l’autre vie.
Elle n’est pas loin l’autre vie, mais ne l’approche que celui qui sait ne rien faire, accepte de se laisser mener par les yeux et partage un peu de cette disposition d’esprit chère à Baudelaire, et qui consiste à se laisser aller « à cette sainte prostitution de l’âme qui se donne tout entière, poésie et charité, à l’imprévu qui se montre, à l’inconnu qui passe ». Dans un monde où l’amour passe, où la beauté meurt et où l’absurde triomphe, sourire à ce qui s’en va, accueillir l’instant – celui qu’on trouve sans le trouver, celui qu’on cueille sans le vouloir, est une affaire de cœur, de nudité et d’humilité. Comme Michaux qui savait que les heures immobiles sont les heures importantes ; comme les antiques poètes Tang qu’il aime tant, Yves Leclair a appris à sortir de son moi, à devenir simple regard, à n’être plus personne ou presque comme le suggère le poème titré Programme d’une journée : « Chercher le nom du tout petit oiseau perché sur la branche la plus fleurie de l’amandier, // tourner la tête comme lui, // et contempler la terre gelée. »
Chacun de ses poèmes condense un instant, une rencontre, un paysage en une pépite d’émotion pure dont l’éclat suffit à éclairer sa journée. D’ailleurs chaque poème est situé, daté, circonstancié et apparaît comme un jalon sur le chemin d’une vie. Se promener, flâner, se laisser subjuguer par le message implicite que délivre un lieu ou par le surgissement d’un souvenir lié à une enfance bucolique ; s’abandonner à ce qui est – « Un cactus sur le seuil, deux pots de géraniums roses, un aloès aux tentacules bleu eucalyptus, des volets océan qu’on a tuilés… » –, suivre des yeux une passante dont « îles et monts pointent sous la dentelle », surprendre deux jeunes femmes nues sur une plage à l’écart. « Le temps secret s’est arrêté, s’est épris de la terre promise de leur anatomie. Même la mer vient murmurer à leurs pieds et s’enchanter du voile que la brise impudique remue sur la gloire de leur chair nue. », telle est la pratique sensuelle du monde que prône et cultive Yves Leclair.
D’elle découle sa façon d’écrire à partir de ce qu’il a sous la main, bout de papier ou réalité qui s’offre au regard. Une écriture qui met en exergue les rapports rythmiques entre le proche et le lointain, souligne le jeu souverain de la présence et de l’absence, de l’éternel et du fugace, et relève d’une forme de dégagement suprême comme de ces moments de vide lumineux où rayonne soudain la simple gloire d’être, et où commence et finit l’autre vie.
Orpailleur de l’or du commun, de ces petites épiphanies qui comme autant de furtifs miracles élargissent notre monde, Yves Leclair n’ignore cependant rien de notre humaine condition ni de ce que « la grande soustraction » ne cesse de nous ôter. Heureusement, restent la beauté des femmes, les joies simples et belles du quotidien, si indigent fût-il, et la chimère poétique, autrement dit le poème comme source d’improbables résurrections ou comme vecteur d’échappées sur le paradis de l’autre vie. Richard Blin

L’Autre Vie, d’Yves Leclair
Gallimard, 144 pages, 16
À lire aussi, Ainsi parlait Gustave Flaubert, un ensemble de dits et maximes de vie choisis dans la partie de l’œuvre peu lue (lettres, notes, journaux) et présentés par Yves Leclair, Arfuyen, 168 pages, 14

La beauté crue de l’autre vie Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°204 , juin 2019.
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