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Intemporels Retour à la vie

juin 2019 | Le Matricule des Anges n°204 | par Didier Garcia

Dans Un verger au Pakistan, le Britannique Peter Hobbs (né en 1973) évoque un amour impossible entre deux adolescents. Un livre poignant.

Avec certains livres, avant que d’en commencer la lecture, le lecteur ferait bien d’aller jeter un œil à la table des matières. Ne serait-ce que pour s’étonner, ici, qu’un si maigre volume puisse contenir autant de chapitres (31 pour être précis). Plus étrange encore : que plusieurs d’entre eux portent le même titre (neuf fois « Le verger », quatre fois « La prison », trois fois « Le jardin »…), comme si l’intrigue revenait malgré elle vers les mêmes lieux, ou ne pouvait se soustraire à ces épicentres.
Une fois passées ces deux premières surprises, le lecteur assiste à une scène de retrouvailles entre le narrateur et un verger. L’homme est alors hébergé par un certain Abbas (son « sauveur »), un érudit et un poète qui dit ne plus avoir de poèmes à écrire, et qui offre à son hôte non seulement le gîte et le couvert mais aussi un cahier, sur lequel le narrateur moribond s’applique à coucher son histoire. Laquelle progresse on ne sait trop comment, « un morceau à la fois, petit bout par petit bout », sans le moindre souci de la chronologie.
Le lecteur s’engage alors comme à l’intérieur d’un puzzle, avec des pièces qu’il lui faut assembler, mais sans savoir à quoi doit ressembler le tableau final. Des pièces qui mettent parfois du temps à trouver la place qui leur revient, puisqu’il faut patienter pendant un bon tiers du récit avant de commencer à comprendre. Puis, peu à peu, l’histoire se précise, prend les allures d’une lettre écrite à la bien-aimée, ainsi que d’une confession à la première personne.
À l’origine de ce drame (puisqu’il s’agit au moins d’un drame, sinon d’une tragédie) : une rencontre, un coup de foudre, entre deux adolescents (au moment des faits, le narrateur a 14 ou 15 ans). « Tu étais si belle, lui écrit-il, que je suis resté paralysé, totalement abasourdi, au milieu de la rue. » La demoiselle en question se nomme Saba ; elle est la fille d’un membre du gouvernement pakistanais, autrement dit d’un puissant, alors que lui n’est qu’un modeste fils de paysans. Ce que le garçon ignore alors c’est que dans son pays on ne peut pas tomber amoureux de n’importe qui, et qu’au-dessus de l’amour il existe une loi qu’il est préférable de ne pas enfreindre : celle de la hiérarchie sociale. Laquelle décide de tout.
Les deux tourtereaux n’auront guère passé que quelques heures ensemble (des heures parfaitement chastes, cela va sans dire, mais pleines de magie). Tout juste le temps d’échanger sur leurs couleurs et leurs odeurs préférées. Mais peu après avoir frappé le père de Saba, parce qu’il corrigeait sa fille sous ses yeux (pour avoir osé s’amouracher d’un pauvre), il est arrêté et jeté en prison, sans autre forme de procès. Privations et séances de torture seront désormais son lot quotidien.
Son incarcération va durer presque quinze ans. Quinze années durant lesquelles son père aura le temps de mourir et sa famille celui de déménager, abandonnant ce qui fut leur verger pour une raison qu’il ignore (peut-être est-il responsable de leur départ, son histoire pouvant avoir jeté l’opprobre sur ses parents). Quant à lui, il laissera son adolescence dans cette longue parenthèse et perdra une grande partie de sa santé. Mais le pire pour lui sera d’ignorer où se trouve Saba, si elle vit encore, si elle se souvient de lui et si elle lira un jour sa confession.
L’univers que Peter Hobbs esquisse ici est en noir et blanc, avec d’un côté la pureté du sentiment amoureux (« Tu étais la seule belle chose dans ma vie et j’ai protégé ton nom comme un objet sacré »), de l’autre la brutalité gratuite des gardiens, qui s’offrent des séances de torture uniquement pour tromper leur ennui (ils ne cherchent même pas à faire passer le jeune homme aux aveux, ce dernier n’ayant rien à avouer). Malgré cela, Un verger au paradis a la beauté d’un conte oriental (à la fois lumineuse et vaporeuse, car nimbée de mystère), au sein duquel le verger fait figure de paradis perdu. Un paradis que le narrateur retrouve peu à peu (au gré de phrases qui séduisent par leur simplicité et leur humilité), dans la saveur de la grenade par exemple, le fruit aimé de son enfance, dans le parfum des roses ou dans le vol plein de poésie des hirondelles, lesquelles se sont mêlées à leurs seules minutes de bonheur : « Elles filaient devant nous en vol plané avant de faire demi-tour dans un impeccable battement d’ailes. Elles piquaient au-dessus de nos têtes en nous bénissant de toute leur envergure. À mes côtés tu étais une chaleur parfaite, une compagnie parfaite. » Et pour le lecteur, l’enchantement est total.
Didier Garcia

Un verger au Pakistan, de Peter Hobbs
Traduit de l’anglais par Julie Sibony, Christian Bourgois, 144 pages, 14

Retour à la vie Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°204 , juin 2019.
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