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Poésie Ce qui reste d’un chant

novembre 2019 | Le Matricule des Anges n°208 | par Emmanuel Laugier

De livre en livre, Jean-Marie Barnaud donne à entendre une poésie au phrasé discret, sans ostentation, voix basse toujours à la recherche d’une joie qui serait une royauté pour tous…

Sous l’imperturbable clarté

À la question qu’Alain Freixe lui pose quant à ce « comment dire » de la poésie, et ce qu’elle peut répondre face aux accidents qui viennent blesser l’existence, Jean-Marie Barnaud (né en Charente-Maritime en 1937) répondait, avec parcimonie et réserve, ceci : « il me semble que le “comment dire” devrait coïncider avec la nécessité de désencombrer la parole des artifices par lesquels parfois elle se montre, fait la roue, s’enchante d’elle-même, prétend fasciner par ses prouesses  ». Cette suspicion du langage, dans la possibilité qu’il a de claironner, voire de plastronner, Jean-Marie Barnaud l’a toujours tenue comme la condition première de sa pratique d’écriture, dans ses livres de poésie, mais aussi dans ses écrits critiques (Rimbaud, Mandelstam, Simon, Suarès, Char, Jaccottet). Elle est concomitante à la façon dont Barnaud écrit : que ce soit par l’usage d’une ironie lancée aux audaces de l’écriture et à ses prétentions, que par une attention toute particulière à la sobriété vers laquelle la langue (du poème, mais aussi du récit ou du roman) devrait tendre. La première grande caractéristique des livres de Jean-Marie Barnaud, depuis Sous l’écorce des pierres (1983) – ce premier livre publié aux éditions Cheyne inaugure le compagnonnage et l’amitié avec Jean-François Manier –, est bien celle d’une veille sur le langage, par quoi s’ouvrirait une justesse dans le dire comme son partage, contre les usages instrumentalisés des mots de la tribu.
Chacun de ses opus (dont un choix de onze d’entre eux est fait dans Sous l’imperturbable clarté) inverserait peut-être, dans son mouvement, le vers du Tombeau d’Edgar Poe de Mallarmé : il ne s’agirait peut-être plus de « Donner un sens plus pur aux mots de la tribu », mais de retenir dans le poème, sans saisie prédatrice, par son seul effort de précision et d’ajustement de mots (communs, ordinaires, simples), ce qui vient à nous sans que nous en voulions la venue : un bruissement dehors dans les branches, un animal écrasé sur la route, l’éclat d’un écran (« Et puis la nuit// La page se rétracte/ son centre se soulève/ révulsé  »), ou ce « grand hiver [qui] libère ses chevaux de frise/ Au ciel craquant  ». Cette démarche fait de Jean-Marie Barnaud autant l’héritier de voies ouvertes par Jaccottet, Bonnefoy, que celles de l’œuvre si discrète de Pierre-Albert Jourdan dont il est peut-être le plus proche. « Écrire, précise Alain Freixe, répondre à ces appels du réel, à ce qui inattendu surgit, à ce quelque chose qui arrive et demande à être porté dans le dire, dans une expérience de l’impossible à dire, est l’affaire du poème, parfois de cet art du bref où les mots iraient se défaisant, laissant passer ce “ah !” des choses quand, étonnées, elles surgissent comme elles sont ».
À ceci près que le monde, et Barnaud ne le sait que trop, se défigure, avec cette façon dont il vient à nous déchirer le tissu du visible, le souiller et le rendre plus encore étranger à lui-même. Ce ne serait plus l’homme qui serait alors de l’étranger sur terre, comme le disait Trakl, mais aussi les choses (telles qu’elles sont) qui le deviendraient inéluctablement. Ce devenir, l’obsolescence du monde même, la parole de Barnaud n’évite pas d’en écrire la violence diffuse et frontale, ses impacts et ses accrocs, notamment dans le Don furtif (2014) : « Tenez/ Voici pour la vie des mots à coudre/ jetés en pâture à l’urgence/ ficelés tout rouges et criants/ sur les parois des kiosques/ Prenez ces déchets de fossoyeurs d’images/ Dressez-leur une mémoire contre la mort/ dans la vie brève  ». Mais ce Bleu et quoi d’autres (2001) répond autant, moitié par chance, moitié par pudeur : « Et que se mettent en place/ les blocs mouvants du poème  », viatique s’il en est, petit « ah ! » de son action retreinte, mais sûre.

Emmanuel Laugier

Sous l’imperturbable clarté : Choix de poèmes 1983-2014,
de Jean-Marie Barnaud
Préface d’Alain Freixe,
Poésie/Gallimard, 269 pages, 8,50

Ce qui reste d’un chant Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°208 , novembre 2019.
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