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Théâtre Projections existentielles

mars 2020 | Le Matricule des Anges n°211 | par Patrick Gay Bellile

Dans un monde sans illusion, Arne Lygre déploie un récit semblable à une partie de flipper.

Nous pour un moment / Moi proche

Arne Lygre est norvégien. De Bergen plus exactement. Mais le monde qu’il décrit dans ces deux nouvelles pièces n’a rien de géographique. Il aurait plus à voir avec la physique des particules. Celles du monde des atomes, les électrons, les protons, les neutrons qui circulent constamment dans un espace immense et vide, maintenant entre eux un état permanent d’instabilité, se rapprochant ou s’éloignant suivant leur taille ou leur charge, positive ou négative, constituant parfois des ensembles provisoirement stables mais ne demandant qu’à éclater sous l’effet d’une énergie extérieure ou d’un rapprochement fortuit. C’est un univers toujours en mouvement, fragile mais extrêmement créateur puisque ses éléments se recombinent en permanence. Et c’est ce mouvement permanent qui maintient l’unité du système. Eh bien les personnages, dont ces deux pièces nous racontent des bribes d’histoires personnelles, ressemblent à ces particules.
Tout d’abord leurs noms ne sont pas donnés. Ils n’intéressent pas et ne signifieraient rien. Seule compte leur fonction du moment : une amie, un inconnu, un amoureux, une connaissance, elle, un ennemi. Ils peuvent être d’ailleurs l’un ou l’autre suivant les moments ou les rencontres. Parfois même l’un et l’autre. Évoluant dans un temps et un espace vides, en permanence sur le départ, ou venant d’arriver, attendant quelqu’un, s’approchant d’un autre, passant la nuit avec un troisième mais lui racontant qu’il vient ou non de rencontrer par hasard l’un ou l’autre. Comme si ce mouvement même les maintenait en vie, ils semblent raconter une forme de chaos, un monde agité, bouillonnant, mû par le hasard. Être là au bon ou au mauvais moment. Mais est-ce l’œuvre du hasard si telle personne en rencontre une autre ? Si l’amour apparaît brièvement entre deux que rien ne semblait rapprocher ? Si ce n’est parfois le sentiment que c’est mieux à deux ? Ou bien chacun est-il porteur de manière consciente ou non d’une charge, d’un dispositif qui se déclenche au passage d’un ou d’une autre et permet un rapprochement provisoire ?
Ces deux pièces sont écrites sous la forme de six tableaux chacune. Dans Nous pour un moment, ils paraissent indépendants les uns des autres même si l’on retrouve ici et là des éléments permettant de croire à une histoire commune alors qu’il ne s’agit peut-être que d’événements semblables. Moi proche nous propose le parcours d’un seul personnage, Elle, endossant tour à tour différents rôles suivant les personnes avec lesquelles elle se trouve. Au travers de ces deux textes, des thèmes reviennent : la peur de la solitude, la nécessité du départ, l’inéluctabilité des séparations, le vide de nos vies que viennent par moments combler les rencontres et les histoires, le mensonge, le point de vue. Arne Lygre écrit d’une manière extrêmement concise, brève, précise. Les personnages ne s’embarrassent pas de circonlocutions, ils disent ce qu’ils ont à dire. Directement. Précisément. Avec d’ailleurs une certaine distance d’avec eux-mêmes que la forme d’écriture met en relief. Très souvent ils donnent l’impression de rejouer une scène, ou plutôt de se regarder en direct jouer la scène. Et de la commenter tout en la jouant. Ils ponctuent alors leurs phrases de « Je dis :», « Je fais :», « J’ai pensé :» De temps à autre, l’un d’entre eux tire une leçon, ou une conclusion sur tel ou tel aspect de la réalité : « Parfois avec une nouvelle connaissance on a le sentiment que ça ne va jamais finir, la relation qu’on est en train d’établir, mais quand on n’est plus à proximité l’un de l’autre, en fait on n’a pas fondé la relation sur une base assez solide, elle se dissout et se réduit à rien. »
Les émotions aussi passent par les mots. Quand un personnage est triste, il le dit. Simplement. Quand il est joyeux aussi. La compassion est toujours assortie d’une phrase qui dit que l’on compatit, et qui parfois explique même pourquoi. Pris dans un réseau de relations et de réactions, l’individu en vient même à douter de son existence en tant qu’être constitué, ou du moins de la permanence de cet être : « Toi-même, ça n’est que ce que ton entourage te renvoie. » Subissant des lois d’attraction, de répulsion ou d’attirance, des lois centrifuges ou centripètes, l’individu ressemble à la petite bille d’acier d’un immense flipper inlassablement renvoyée dans le jeu. Et l’auteur nous invite habilement à occuper la place de la bille.
Patrick Gay-Bellile

Nous pour un moment / Moi proche, d’Arne Lygre
Traduits par Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka, L’Arche, 208 pages, 15

Projections existentielles Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°211 , mars 2020.
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