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Domaine étranger Briser le cycle

mars 2020 | Le Matricule des Anges n°211 | par Camille Cloarec

Dans un road-trip pétri de littérature et hanté par l’addiction, Peter Kaldheim revient sur les 8 000 km qui l’ont peu à peu extirpé des ténèbres. entre vagabondage, dénuement et rédemption.

Trente années auront été nécessaires à l’aboutissement d’Idiot Wind. Dès le début, son auteur définit le mal dont le jeune homme qu’il était alors souffrait : il s’agit de l’« acrasiecette faiblesse de caractère qui vous pousse à agir contre votre intérêt. Si le grec n’est pas votre truc, appelons ça Idiot Wind, le vent idiot, comme Bob Dylan. C’est le nom que j’ai fini par lui donner, et pendant plus de dix ans son souffle a déchiqueté ma vie ». En effet, cet ancien séminariste ayant mené de brillantes études à l’université de Dar- tmouth et une carrière reconnue d’éditeur chez Harcourt, se retrouve au seuil de la quarantaine divorcé, licencié et ex-taulard. Sa double addiction à l’alcool et à la cocaïne a fait de lui un dealer. Renié par sa famille, après sa séparation et le décès brutal de sa seconde compagne, le voilà seul au monde. Cependant, le début de l’année 1987 marque un tournant. Criblé de dettes, il se voit dans l’obligation de fuir son fournisseur, un dénommé Bobby la Batte auquel il ne vaut mieux pas se frotter. Le narrateur se jette donc, en pleine tempête de neige et sans un dollar en poche, sur les routes américaines. Dans le bus Greyhound qui le conduit de New York à Richmond, il est loin de se douter que son voyage le fera parcourir une vingtaine d’États, le liera avec d’improbables destins abîmés et le conduira vers la lumière. « Briser le cycle était tout ce qui comptait, quelle que soit la façon d’y arriver. »
Cette expédition vers l’ouest du pays, synonyme de sevrage et de nouveau départ, prend immédiatement une tournure aventurière. Le stop, moyen de transport privilégié de l’auteur, le conduit de rencontre en rencontre : ici l’héritier d’un magnat de l’immobilier souffrant de problèmes psychiatriques suivi d’un manchot ivre, là-bas un vendeur d’ouvrages religieux doublé d’un militaire en poste aux Bahamas, plus loin un figurant dans les reconstitutions de la Guerre de Sécession et un mystérieux pasteur… Chacun d’entre eux représente une facette différente de cette entité titanesque, bigarrée et insaisissable que sont les États-Unis. De même, les multiples étapes qu’il effectue sont autant d’épisodes haletants, kaléidoscopiques, qui possèdent leurs propres modalités. De la fréquentation des refuges pour les sans-abri à la vente de son plasma pour survivre, en passant par les sauts dans les trains de marchandise en marche et un accident automobile avec un cerf, tout ou presque se trouve dans le roman. Ce qui compte, pour l’auteur, c’est la progression : « le lendemain, qu’il pleuve ou qu’il vente, je serais à nouveau sur les routesà boitiller en direction de l’ouest, vers tout ce que la route avait encore à m’offrir ».
Son errance le conduit à expérimenter le système social américain, avec ses manquements, ses bigoteries et son impuissance. Les vétérans traumatisés par la guerre du Vietnam, par exemple, élisent domicile à la Sally (surnom donné à l’Armée du Salut). Des solitaires ayant un beau jour chaviré, comme c’est le cas de John Detoutefaçon, lequel ponctue toutes ses phrases de cette expression, sont laissés à eux-mêmes. Quant à la police, elle sévit sans grande sensibilité ni efficacité. Le jeune Peter Kaldheim contemple cette colère et ce renoncement qui l’entourent. Son enfance lui revient par bribes (la sévérité paternelle, l’alcoolisme maternel), tout comme son passé, auréolé de honte. Quant aux livres (Diogène, Horace, Joyce, etc.), ils l’accompagnent toujours, sans faillir. Les bibliothèques sont d’ailleurs ses refuges favoris. C’est ainsi qu’il revient à l’écriture, isolé dans un pauvre hôtel qu’il paie avec des coupons liés à ses dons de sang et de plasma répétés. « Terré dans ma chambre, sans distraction aucune, je tenais là une occasion en or de retrouver la seule chose dans ma vie que le vent idiot n’avait pas balayée au loin : ma confiance tenace dans le pouvoir des mots. » Ces carnets de voyage seront les prémices d’Idiot Wind.
L’autobiographie de Peter Kaldheim est donc à la fois un récit d’aventures et un voyage intérieur, explorant une géographie et une société aux réalités foisonnantes. S’attardant sur ses failles les plus intimes, sur ses excès passés et ses erreurs persistantes, à la manière de Kerouac, de McInerney et d’Exley, trois auteurs dont l’ouvrage se nourrit, il constitue une forme de confession nomade. La misère affective et psychiatrique dans laquelle sont plongés bon nombre de ses compagnons de route contrebalance l’optimisme fiévreux de son narrateur, qui n’a de cesse d’avancer, infléchissable, vers la guérison.
Camille Claorec

Idiot Wind, de Peter Kaldheim
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Séverine Weiss, Delcourt, 412 p., 22

Briser le cycle Par Camille Cloarec
Le Matricule des Anges n°211 , mars 2020.
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