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Domaine français Shark attack !

mai 2020 | Le Matricule des Anges n°212-213 | par Lionel Destremau

Dans un roman aussi drôle que délirant, Sébastien Gendron s’emploie à un sanglant jeu de massacre.

Usant d’une très légère dystopie au début du roman, le lecteur se retrouve projeté en 2022, et les mégalodons, sortes de requins préhistoriques, ont non seulement fait leur réapparition sur notre belle planète, mais de surcroît dans des versions augmentées, aux proportions phénoménales… La plupart des océans se retrouvent impraticables, l’économie mondiale est profondément modifiée, le transport maritime disparaît. Seule la Méditerranée retrouve, un temps, son calme, après la pose de herses géantes au détroit de Gibraltar et au canal de Suez (au prix de milliers de morts parmi les ouvriers de ce chantier titanesque). Le pourtour méditerranéen devient alors un eldorado pour les riches du monde entier qui s’y installent en masse (« On est riches comme plus personne ne peut l’être aujourd’hui parce qu’on se goinfre la plus grosse part du gâteau et que, même les miettes, on se les partage. »), modifiant de fait les équilibres géopolitiques de la région : « voilà pourquoi aujourd’hui, même la Libye a retrouvé une stabilité politique. Voilà pourquoi Israël est un pays apaisé. (…) Chypre est officiellement un paradis fiscal, mais tout le monde s’en fout parce qu’aujourd’hui ça ne veut plus rien dire. Normal : les Maldives, c’est mort ; le Panama, c’est mort ; les Bahamas, c’est mort ; même Bahreïn, c’est mort ».
Ce cadre installé, une foule de personnages apparaissent (et parfois disparaissent tout aussi vite dans d’effroyables souffrances), le jeu de massacre va pouvoir débuter à un rythme endiablé. Un jeu où se mêlent un assassin sanguinaire, un trafic d’œuvres d’art contemporain volées (puis détournées et modifiées afin qu’elles deviennent de nouvelles œuvres vendues au marché noir), un trio de flics composé de deux inspecteurs de la Crim’ et d’un agent du FBI arrivé là un peu comme un cheveu sur la soupe, un milliardaire et sa femme complètement déphasés, un fils à papa rêvant de devenir le premier à effectuer une chute depuis la mésosphère… et bien d’autres figures tout aussi pittoresques, improbables ou désopilantes. L’ensemble forme une trame parfois décousue, saupoudrée de morceaux de bravoure narratifs où l’humour noir le dispute à la satire. Évidemment, la Méditerranée ne restera pas longtemps un havre de paix. Les herses posées par une entreprise publique ont été vendues à un fonds de pension qui ne les entretient quasi plus, et les grands requins vont être de retour, s’attaquant à tout ce qui bouge, les navires et leurs illustres occupants. Sans compter d’étranges phénomènes qui commencent à surgir, provoquant des accidents, des modifications de l’environnement, le paysage qui disparaît, se métamorphose… Des événements liés à une probable faille spatiotemporelle ? Peut-être bien. Toujours est-il que le rythme du roman s’accélère encore, comédie noire qui voit les personnages tombés un à un comme des mouches, ce que l’incipit de Fin de siècle, sanglant à souhait, avait posé comme une sorte de porte d’entrée infernale poussée d’un savoureux coup d’épaule.
À l’instar d’un titanesque combat contre un mégalodon, mélange de Moby Dick et de Kraken revisités, Sébastien Gendron sait harponner son lecteur et le ferrer à bon escient, tel un Richard Stark ou un Tim Dorsey à la française. Il fait alterner dialogues décalés, références absurdes ou piquantes (songeons à un célèbre réalisateur de cinéma qui se retrouve ici dévoré d’un coup sec pendant sa baignade), situations ubuesques… Et sous le rire sarcastique la critique d’une mondialisation outrancière, où une petite élite richissime écrase le reste de la population avec mépris, jusqu’à ce que ces quelques privilégiés se retrouvent aux prises avec un ennemi qu’ils ne parviendront pas à soumettre : une mère Nature devenue si effrayante qu’elle emporte tout sur son passage. Un roman noir mâtiné d’anticipation et de récit d’horreur, aussi enlevé et drôle qu’ironique et grinçant.

Lionel Destremau

Fin de siècle, de Sébastien Gendron
Gallimard, « Série noire », 230 pages, 19

Shark attack ! Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°212-213 , mai 2020.
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