La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Poésie Une voix qui mue

mai 2020 | Le Matricule des Anges n°212-213 | par Emmanuelle Rodrigues

Rien n’est moins simple que de dire ce qui nous attache à une langue non maternelle, une langue apprise, et vers laquelle on s’est senti appelé, au point de quitter son sol natal pour en fouler un tout autre, inconnu mais fascinant, constituant alors une rupture avec sa vie d’avant et les habitudes acquises depuis l’enfance. C’est ce que Camille Loivier, poète et traductrice, se plaît à sonder à travers sa fascination pour la langue chinoise, nous avouant avoir mis du temps à comprendre les raisons mêmes de cet attrait : « j’ai appris la langue chinoise comme/ une langue silencieuse (…) j’ai cherché une langue/ qui ne se parle pas, qui se caresse seulement/ qui se retient aux branches ». Et plus encore, cet apprentissage sans doute long et difficile, s’avère le lieu où la sensibilité et l’imaginaire finissent par être intimement liés. Tous les sens sont convoqués pour apprivoiser l’aspect chantant d’une langue dont les « bruissements/ inquiets de feuilles séchées, de marrons qui tombent/ de terre qui se fendille que l’on retourne et tasse », dont les mots sont évoqués pour la délicatesse de leur chair, « celle d’un coquillage, d’une palourde ne supportant/ pas d’être ouverte ». C’est là cette voix qui mue, pour entendre, imiter ce que l’oreille compare, enregistre. Voilà que « ce qui fait la musique c’est le patois/ profond au fond de soi qui remonte » et que « cela a formé une pâte grumeleuse dans/ la bouche, avec des dissonances, des fausses/ notes qui font mal aux oreilles ». Les « sonorités », les « rythmes », les « répétitions », les « crissements de cigale » œuvrent à un bouleversement de l’intériorité, le choix d’un tel parler prend l’allure d’une dépossession. Camille Loivier nous relate ainsi avec précision son propre parcours, rappelant aussi que l’adoption d’une autre langue en passe par ce qu’elle nomme une mort à soi, dont il faut renaître, à distance de soi mais en accord avec cet ailleurs que l’on a fait sien.

Emmanuelle Rodrigues

Une voix qui mue, de Camille Loivier
Potentille, 13 pages, 7

Le Matricule des Anges n°212-213 , mai 2020.
LMDA papier n°212-213
6.50 €
LMDA PDF n°212-213
4.00 €