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Zoom Ces filles vivantes

mai 2020 | Le Matricule des Anges n°212-213 | par Martine Laval

Dans la joie et la bonne humeur : un recueil de nouvelles aussi méchantes que subtiles, et la révélation d’une écriture vacharde.

Dans la joie et la bonne humeur

Allez hop ! On nettoie, on rappe, on décape. On fait du rentre-dedans, on écrit à contre-courant. On zoome, on plaque, on triture, on enfonce des mots, rien que des mots, là où précisément ils font bien mal. Et on obtient des histoires de filles entre déglingue et… déglingue, autrement dit, des tranches de vies des temps présents, abonnées aux errances, à la vacuité, au désamour. Ado ou trentenaire, des femmes traversent les nouvelles de l’Irlandaise Nicole Flattery comme des bombes à retardement. Elles explosent mais pas vraiment là où on pouvait s’y attendre. Narratrices ou pas, elles s’offrent tout cru. C’est à prendre ou à laisser. Ici, les faux-semblants sont éradiqués, l’hypocrisie balayée. La loi, c’est pas de loi. Exit. No future. On peut nommer cela résignation, ou alors radiographie d’un monde qui nous échappe, ou alors écriture à l’oblique façon jeune écrivaine d’aujourd’hui.
Avec ce premier recueil, Nicole Flattery libère les sens, pulse des images, s’amuse à décrisper les tensions en bricolant avec bonheur des raccourcis aussi désopilants que cinglants. Exemple : « Je croyais qu’à ce stade de mon existence, je serais devenue une personne différente mais, en réalité, je me rapprochais de plus en plus de moi-même.  » Ou encore, à propos d’un certain « n+1 », chefaillon : « J’avais l’impression qu’il me surveillait en permanence et il avait une façon particulière de me toiser, comme si j’avais été un CV bourré de fautes et de coquilles.  »
En toile de fond, un environnement qui flirte avec les toiles d‘Edward Hopper et d’où surgissent, comme par accident, des existences épluchées jusqu’à l’âme, proches du vide. Ici, une station-service perdue au milieu de nulle part ; là, une ville qui fait penser « à une bouche édentée » ; partout, un monde du travail qui n’a d’autre utilité que de faire croire à « l’espoir d’un avenir radieux, l’espoir d’une tranche d’impôts plus élevée ». Dans la joie et la bonne humeur met en scène des « connards » qui servent de père ; des types un peu louches qui servent d’amoureux et tant pis s’il faut « une imagination débordante pour s’enticher d’un homme si désespérément, si honnêtement ordinaire ».
Tenues à l’écart du monde, là où se passent des choses, là où « s’écrit l’histoire », les filles de Flattery sont fatalistes. Elles se rebiffent à leur manière, distribuent des phrases cuisantes comme des claques et ne font que parler de notre époque désenchantée. « A ce stade, je n’avais plus aucun amour-propre. Je l’avais laissé derrière moi sans la moindre intention de le récupérer.  » Plus loin, encore, une autre enfonce le clou : « Évidemment que je n’ai pas d’amour-propre. Vous croyez que je serais là, à parler avec vous, sinon ? »
Survivre, prouver qu’elles sont vivantes, éteindre cette lumière de fin du monde qu’elles ont dans le regard, avancer dans la vie malgré les « faites comme si vous étiez un être humain  », ne pas croire en grand-chose peut-être mais garder l’humour, noir forcément : « – Tu apprécies les personnes intelligentes ? – Pas vraiment. »

Martine Laval

Dans la joie et la bonne humeur, de Nicole Flattery
Traduit de l’anglais (Irlande) par Madeleine Nasalik,
Éditions de l’Olivier, 298 pages, 22,50

Ces filles vivantes Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°212-213 , mai 2020.
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