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Domaine étranger Noël à l’irlandaise

janvier 2021 | Le Matricule des Anges n°219

Un roman façon conte de Noël, hors du temps. On pense à Dickens. Minutieuse et sensible, Claire Keegan s’attache à dire au plus près la nature humaine.

Ce genre de petites choses

Claire Keegan aime la forme brève, la nouvelle, pour l’intensité qu’elle impose. Ce genre de petites choses est un très court roman, une novella, tout juste une centaine de pages. Noël 1985 ; le froid glacial, les boulets de charbon, le couvent clos derrière ses murs, appartiennent certes à un autre siècle mais n’en demeurent pas moins très proches. On peut compter les années, et mieux encore, les raconter, ce que fait ici Claire Keegan avec une remarquable économie de ton, et une simplicité, lumineuse.
Il y a le ciel, les saisons. « En octobre il y eut les arbres jaunes. Puis les pendules reculèrent d’une heure et les vents de novembre arrivèrent et soufflèrent, perpétuels, et dépouillèrent les arbres. » Bill Furlong est propriétaire du dépôt de bois et charbon. Cet hiver 85 lui va bien. Période de frimas, période chargée. Il prévoit les cadeaux, pour Eileen, pour leurs cinq filles qu’il regarde grandir, vite, si vite. L’enfant sans père, élevé par sa mère domestique, a su s’installer, se réinventer. Oublier, jamais. Il sait le poids des on-dit, le fardeau des réputations, la fragilité du confort. Il sait ce qu’il doit à Mrs Wilson, la veuve protestante, l’employeuse de sa mère, généreuse, bienveillante, qui a aidé à l’élever. Tout ce qu’il veut : « garder une attitude discrète et conserver l’estime des gens, subvenir aux besoins de ses filles, les voir poursuivre et achever leurs études à St Margaret, le seul établissement secondaire convenable de la ville. »
Bill Furlong est un homme droit. Il tisse son quotidien de petits gestes, d’attentions en sourdine. Sa simplicité, ses silences, masquent ses questionnements, ses inquiétudes. Il observe la région sinistrée, les usines fermées. La misère grandissante. Il avance, poussé par le temps, les nécessités, une épouse organisée, des filles tourbillonnantes, une entreprise qui tourne plutôt bien. C’est qu’il fait froid. Il avance, jusqu’à ce petit matin, où derrière la porte du couvent, au fond du hangar à charbon, il découvre cette fille, toute jeune encore, transie, recroquevillée, terrifiée. « Lorsqu’il réussit à l’amener à l’extérieur et vit l’être qu’il avait devant lui – une fille tenant à peine sur ses jambes, aux cheveux mal coupés –, la part ordinaire de lui-même se dit qu’il aurait préféré ne jamais s’approcher de ce lieu et tomber là-dessus. »
Le couvent reste un mystère, ou en tout cas, un secret. Qui y travaille ? Que font les sœurs ? Les histoires de filles-mères, de bébés vendus à l’étranger sont-elles fondées ? La dernière blanchisserie Magdalen a fermé en 1996 ; et Claire Keegan de dédier son texte « aux femmes et aux enfants qui ont subi la claustration dans les blanchisseries de Magdalen en Irlande ». Mais Bill Furlong, lui, en cette veille de Noël, sans certitude aucune, se trouve confronté à un véritable cas de conscience. « La manière dont elle avait été traitée pendant qu’il était présent et dont il avait toléré cela (…) et la manière dont il avait pris l’argent et l’avait laissée attablée là sans rien devant elle (…) et la manière dont il s’était rendu, comme un hypocrite, à la messe. »
C’est là que toutes les petites pièces du puzzle soigneusement élaboré par Claire Keegan se mettent en place. En son âme et conscience, envers et contre tout, contre tous, face aux habitants de la ville qui observent et se taisent, face à son épouse, décidée à ce que rien ne fasse dévier le cours ordonné de leurs existences, face au pouvoir des sœurs, de l’Église, de l’Irlande bien-pensante. C‘est un soir de Noël, un soir de solitudes, un soir de conviction. Derrière les volets fermés, Claire Keegan tisse une toile lumineuse, tout entière portée par le charbonnier. Et advienne que pourra ; elle laisse l’idée de la fin à qui lit, fait confiance à l’imagination vagabonde.

Julie Coutu

Ce genre de petites choses
Claire Keegan
Traduit de l’anglais (Irlande) par Jacqueline Odin, Sabine
Wespieser éditeur, 120 pages, 15

Noël à l’irlandaise
Le Matricule des Anges n°219 , janvier 2021.
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