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Domaine français Cellules et brûlis

septembre 2021 | Le Matricule des Anges n°226 | par Éric Dussert

Après les grands incendies qui ont ravagé la Terre, Céline Minard recompose des vies qui seraient encore viables. Anthropologie, génétique, zoologie, même les Bjorgs nous étudient.

Céline Minard n’a qu’une habitude, celle de n’en avoir pas. Ses livres se succèdent et ne se ressemblent pas. Ni de sujet, ni de structure, ni, souvent, de langue. Et cette fois-ci, même si ses Plasmas abordent une ère post-apocalyptique qui nous pend au nez, elle n’est pas envisagée comme l’était la Terre sans humains du Dernier Monde (Denoël, 2007 ; Folio, 2009) où évoluait l’astronaute solitaire Jaime Roiq Stevens. Dans les dix nouvelles de science-fiction qui composent ce nouveau livre, c’est d’une planète ruinée mais habitée de papillons, de poulpes, d’un toucan toco, d’un client d’hôtel de luxe, d’athlètes, d’un nettoyeur de fossiles, d’une éleveuse de chevaux, ainsi que des Arrecifs et des Bjorgs, créatures indéfinies d’ailleurs ou du futur – peut-être inspirées d’un célèbre tennisman – ayant développé une particulière appétence pour l’étude des mouvements du corps humain et observent, réunies à trois mille tout de même, les envols d’un trio de trapézistes. Céline Minard excelle elle aussi, et depuis R. (Comp’Act, 2004) où il était question de marche et de souffle, à décrire le mouvement, le jeu des membres, des muscles dans une « chronophotographie » verbale qui n’occulte pas, contrairement à l’étude des Bjorgs, les voies de l’âme, l’hésitation, le doute et autres subtiles vibrations intérieures des êtres. Même maîtrise, ici, de ses descriptions parfois teintées d’un humour discret lorsqu’il est question de longueur de moquettes ou des bermudas. « Porter des bermudas à plus de soixante ans n’est pas un enfantillage déplacé. (…) Mycologie et lépidoptérophilie sont donc deux bonnes raisons de choisir la culotte courte qui procure l’aisance au mouvement et permet à l’air de circuler. Avec des chaussettes montantes, on est alors parfaitement adapté à la prairie sèche, à la prairie humide et à la montagne. L’enfance étant moins une époque qu’un espace et un fantasme, il n’est d’ailleurs jamais anachronique d’en porter les vêtements »
C’est au moment où la Terre est morte, brûlée ou tout simplement évacuée, qu’apparaissent ces fragments de l’histoire humaine, aux titres parfois énigmatiques (« Uiush ») dans la grande tradition exotique de la terminologie des écrivains de SF. « Grands chiens », « Grands Fonds », « Grands Singes » parlent directement en revanche, quand bien même il y a tout lieu de s’attendre à des récits originaux. Lorsque les choses ont mal tourné, lorsque la situation écologique a dérapé, qu’un grand confinement est imposé parce que l’air est pollué plusieurs heures par jour par des toxiques violents, Céline Minard nous emmène dans un univers qui n’est plus tout à fait le nôtre. Mais dans ses aperçus anthropologiques, éthologiques, cliniques, elle nous parle bel et bien de la situation de notre époque aveugle qui laisse périr des espèces, autorise la mise en bourse de l’eau, se prépare un avenir brutal.
Parmi les visions magnifiques qui nous sont servies dans Plasmas, il restera à l’esprit ces « boules à neige » retraçant l’histoire visuelle de la planète avant sa destruction. Des images d’archives enregistrées depuis l’espace et diffusées via ces boules, présentées à des étudiants du futur blasés. Ils nous sont familiers. Voilà comment Céline Minard nous mène hardiment sur des terres extraordinaires en nous laissant l’impression « d’y être ». Nous nous situons très bien dans ces univers décalés et dans le même temps plus du tout à l’aise, en particulier parce que les conditions d’existence supposent qu’on vive dans le « timbre-poste » d’un espace protégé ou d’une station orbitale… Toujours se retrouvent dans les livres de Céline Minard ces questions primordiales de la fonctionnalité et de l’adaptation. Et à ce propos, comment aborder sereinement ces moments de la génétique propulsée par la découverte d’un lichen pourvu d’une complète autonomie, d’un lichen qui autorise le croisement de loups de Sibérie et de chevaux iakoutes…
Placé sous une tutélaire épigraphe d’Ursula K. Le Guin (1929-2018), Plasmas ira rejoindre dans nos bibliothèques Les Chants de la terre lointaine d’Arthur C. Clarke et ces livres dont la force d’envoûtement tient à leur intense poésie, laquelle, chez Céline Minard n’est jamais étrangère à l’extrême précision. Sa minutie descriptive – et la fantaisie qu’elle y met, à charge pour ses lecteurs de dénicher l’invention –, son goût pour la balance idéale, le rythme adapté, celui qui permet de prolonger la course, une économie des mouvements comme une maîtrise du récit, qui ne se prive pas d’être sentimental à l’occasion de l’extinction d’une famille de papillons et de son observateur, sont les signes distinctifs d’une créatrice d’envergure, et sans équivalent. Cette rentrée, ce sera Plasmas et Terre brûlée.

Éric Dussert

Plasmas, de Céline Minard
Rivages, 158 pages, 19

Cellules et brûlis Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°226 , septembre 2021.
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