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Théâtre Dernière tranche de vie

novembre 2021 | Le Matricule des Anges n°228 | par Patrick Gay Bellile

Les pensionnaires et le personnel d’une maison de repos vivent et revivent une histoire qui n’en finit pas d’être contée.

Les Hortensias est une maison de repos et de résidence pour d’anciens artistes de la scène. Elle occupe une ancienne abbaye et possède une rareté : le tableau de Philippe de Champaigne représentant un sablier, un crâne et une tulipe dans un vase. Le temps, la mort et la fragilité des choses, comme le symbole de ce qui va se dérouler durant cinq actes. Il y a du monde aux Hortensias : les pensionnaires, ceux qui y travaillent, mais aussi les gens de passage, les familles, le facteur, des ombres qui raniment le passé et puis François Philippe, un candidat à l’élection présidentielle. Sa visite aux Hortensias finira dans une pagaille phénoménale. Cinquante personnages précisément, qui forment comme une farandole de la vie, celle qui fut, disparue à jamais, et celle qui aujourd’hui constitue le quotidien de chacun. Ils sont tous là, avec leurs rêves, leurs désirs, leurs folies, leurs souvenirs qu’ils racontent sans être toujours certains que quelqu’un les écoute. Ont-ils toujours besoin d’ailleurs que quelqu’un les écoute ? Ils parlent, sourient ou ne font que passer, mais chacun constitue un maillon, une chaîne d’humanité qui, tant bien que mal, s’efforce de parcourir la tête haute, le dernier tronçon, celui qui mène à l’oubli. Oui, il est question de fin de vie, de maladie, de disparition, mais qu’il est joyeux d’en parler avec eux.
Il y a Robert, beau parleur, qui joua Shakespeare, rencontra Pablo Picasso et n’en finit pas de jouer les tombeurs, la main toujours leste et baladeuse ; mais que ne quitte jamais le souvenir lancinant d’une scène pendant la guerre d’Algérie où il ne joua pas le beau rôle. Odette, à jamais perdue, attend désespérément une lettre de sa fille et les autres pensionnaires se moquent gentiment d’elle, la faisant marcher et lui racontant des bobards. Il y a Suzette, grand-mère inconsolable depuis la mort de son Jean dont l’ombre la visite régulièrement pour lui redire qu’il l’aime. Elle finira par disparaître en laissant une lettre à sa petite-fille, lettre qui clôt le texte et constitue comme un message adressé par une génération à celle qui va suivre. Il y a tous les autres, et puis la directrice, Marie-Thérèse, dévouée et toujours à l’écoute, mais qu’un mal secret taraude : une solitude qu’elle demande à Dieu de combler.
L’écriture de Mohamed Rouabhi est directe, vivante, pleine d’humour et de poésie. Et la grande force du texte est que nous ne rions jamais des personnages, nous rions avec eux. Nous sommes avec eux, au milieu d’eux. Et le rire, et parfois la moquerie, sont toujours teintés de tendresse et d’un formidable espoir : « Si on est vieux, c’est qu’on a vécu longtemps. La vie, c’est ce qu’il y a de plus beau. » Les scènes se suivent, s’enchaînent et petit à petit nous rendent familiers les très nombreux personnages. Certains ont tout oublié, d’autres tout mélangé, Lola voudrait rester « la femme impétueuse, la torche vivante qu’elle était », d’autres parlent politique, à l’approche des élections : « De tous les présidents que j’ai vu passer, y en a pas un qui valait l’autre. Toujours les mêmes salades avant, et toujours les mêmes épluchures après. » Et puis il y a bien sûr les souvenirs de la scène, du théâtre, de tout ce qu’une vie d’acteur révèle : « On se cherche soi-même à travers les livres, les histoires imaginaires, la solitude des poètes. On a le sentiment que l’on se trouve quelque part au milieu de ce foutoir. On est éparpillé entre les lignes. » Après une carrière passée à jouer d’autres personnages, peut-être tentent-ils de rentrer enfin en possession de leur vie. Serait-ce cela la vieillesse : comprendre un peu mieux qui nous avons été ? Essayer de se réapproprier sa vie, en faire une histoire avant de partir : « Je quitte ce monde la paix dans l’âme. Il faut laisser la place à d’autres aventuriers pour inventer d’autres aventures. »

Patrick Gay-Bellile

Les Hortensias
Mohamed Rouabhi
Actes Sud-Papiers, 144 pages, 15 e

Dernière tranche de vie Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°228 , novembre 2021.
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