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Histoire littéraire Nouvelles des profondeurs

janvier 2022 | Le Matricule des Anges n°229 | par Thierry Guinhut

Lumière du style et noirceur métaphysique : les récits courts d’Herman Melville en un volume.

L' Intégrale des nouvelles

Le marin de Nantucket, l’auteur de romans grandioses et initiatiques, avait bien d’autres cordes à son arc, ou plutôt son harpon. Outre les chasseurs de baleines de Moby Dick, ce sont trente-quatre nouvelles publiées dans cette intégrale bellement reliée. Certes, Typee, vaste voyage dans les îles du Pacifique, rencontra un fulgurant succès en 1846. Mais en 1851 Moby Dick ne connut guère que l’indifférence et ce fut de pire en pire avec une dizaine d’échecs romanesques. Or il fallait bien vivre, faire fructifier son talent, ce pourquoi Herman Melville vendait des nouvelles à des revues et des journaux. Si certaines ont une réputation à la hauteur du mythe, comme Bartleby le copiste, d’autres sont restées dans l’ombre, voire jamais traduites, en somme d’heureux inédits.
Les récits maritimes puisent leur matière dans les cinq années que Melville passa au service de la marine à voile. « Benito Cereno » conte l’aventure d’un vaisseau négrier chargé d’esclaves : la révolte se brise en une pitoyable épopée. « Le Vaisseau fantôme » est un rejeton du roman gothique. « Les Encantadas » est une sorte de reportage, en un archipel « maléfique et enchanté (…) image globale du monde après une conflagration punitive » ; ainsi la beauté du style donne à ces dix « esquisses » une valeur symbolique. Car une fascinante richesse réside en ces îles désolées, comme pour éclairer par la puissance de l’écriture un fond de désespoir, laissant deviner un substrat autobiographique. Désespoir encore et lumière paradoxale dans « Cocorico », qui sous son titre enfantin cache une histoire familiale intensément tragique cependant illuminée par le chant d’un coq à la vigueur musicale et stoïcienne incroyable.
Une aporie métaphysique dévore le personnage de Bartleby. Face à son employeur, narrateur perplexe et cependant humain, face à ses collègues qui lui sont radicalement dissemblables, il ne sait que dire « J’aimerais autant pas » (façon judicieuse de traduire le fameux « I would prefer not to »). Ancêtre de l’absurde beckettien, objet d’un culte malsain pour la démission et la fatigue de la vie, cet antihéros fut la coqueluche de Blanchot qui voyait là l’écrivain par excellence ou de Deleuze qui le rêvait en messie révolutionnaire : il est en fait le miroir à fantasme de la fascination pour la déréliction humaine.
L’on préfère une position de retrait, dans « Moi et ma cheminée », où femme et filles réclament de détruire le précieux âtre, voire de rebelle contre l’institution sociale et morale, comme l’atteste Billy Budd, ce beau marin qui répond à l’injustice par un coup fatal, et dont ici nous lisons le premier jet, plus ramassé, plus efficace : « Babby Budd ». L’on devine que « Le pudding du pauvre et les miettes du riche » oppose deux conceptions antagonistes du monde, non sans ironie. Des personnalités en apparence dérisoires, comme celui dont le poème est « maudit » et se résigne à devenir « violoneux », ou ce marchand de paratonnerres confronté à un orage, sont les allégories de la mélancolie. Pourtant l’humour et l’hédonisme est au « Paradis des célibataires ». Dans une étonnante satire de la phallocratie et du machinisme, « Le Tartare des vierges » présente, grâce au guide « Cupidon », de pâles filles soumises à « un mariage perverti avec les machines », plus précisément un « piston » permettant la fabrication de « feuilles blanches ». Écho de la baleine blanche ou matière première de l’auteur ?
Inédits sont des textes de jeunesse, ou pour des journaux satiriques, agrémentés de gravures. « La maison du poète tragique » résume l’épineuse confrontation d’un manuscrit avec le public et l’entremise d’un éditeur. Soit la mise en abyme de l’écrivain en butte avec cet affront de l’incompréhension qui poursuivit longtemps Melville.

Thierry Guinhut

L’Intégrale des nouvelles
Herman Melville
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christian Garcin et Thierry Gillybœuf
Finitude, 832 pages, 35

Nouvelles des profondeurs Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°229 , janvier 2022.
LMDA papier n°229
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